Recouverts d’un noir métallisé seulement rehaussé de quelques traits de gris et de rouge, tout équipés, les tracteurs de LGTN ne risquent pas de passer inaperçus. Encore jeune puisque fondée en octobre 2015 (voir encadré), la société installée à La Chapelle-Saint-Mesmin, non loin d’Orléans, a dans un premier temps disposé d’ensembles blancs. « L’idée de passer du blanc initial au noir est de mon épouse. Elle trouvait utile de se démarquer des autres transporteurs par le choix du coloris. L’effet est indéniable. Nous sommes reconnus auprès de nos clients mais aussi des conducteurs des autres transporteurs », confie Georges Martinez, le président de la SAS LGNT. L’effet est même tel que décision a été prise de choisir cette même teinte pour les conteneurs, l’entreprise du Loiret en exploitant actuellement deux cent quarante.
Aucun impayé
LGTN ne se démarque pas seulement par la couleur de ses ensembles mais également par son activité. Spécialisée dans le transport sécurisé de conteneurs chargés de matières radioactives de classe 7, l’entreprise qui a fêté l’automne dernier son dixième anniversaire achemine en outre de l’outillage lié à l’industrie nucléaire. Opérant essentiellement en France, le transporteur de La Chapelle-Saint-Mesmin couvre en réalité la totalité de l’Europe, à l’exception de l’Ukraine et de la Russie. Il peut ainsi relier la Suède à la Bulgarie, raison pour laquelle les conducteurs ou les conductrices sont amenés à se déplacer au minimum sur une semaine. Dès lors que le transport est international deux à trois semaines de déplacement sont plutôt de rigueur. La durée des contrats entre LGTN et ses clients oscille entre trois et cinq années. « Nous sommes dans une situation privilégiée car nous avons de la visibilité à moyen terme », observe le président. Mieux, « puisque nous travaillons avec des clients institutionnels, nous ne faisons face à aucun impayé », ajoute Georges Martinez. LGTN est partenaire d’EDF mais transporte aussi des matières pour des prestataires installés autour des centrales nucléaires. « Dans notre secteur d’activité, il est absolument indispensable d’écouter les besoins des clients et de les analyser. Savoir si l’on est en mesure d’y répondre, faire preuve d’une présence assidue à leurs côtés font aussi partie des facteurs clés de réussite », souligne le dirigeant. Ce dernier se félicite de côtoyer ses clients : « La possibilité d’échanger dans le cadre de nos activités avec des capitaines d’industrie est très enrichissante parce qu’elle peut avoir des répercussions sur la gestion quotidienne de notre propre entreprise ».
Pas de turnover
Autre spécificité propre à LGNT : l’entreprise ne connaît pas le turnover. Mieux, les candidats auraient même tendance à se bousculer. Il faut dire que Georges Martinez accorde une importance particulière au personnel roulant auquel il reconnaît un rôle fondamental : « Je suis admiratif du métier de conducteur ou de conductrice. Partir plusieurs jours d’affilée, y compris à l’étranger, relève du sacerdoce. Plus sûrement d’une passion ». Selon le président de la SAS, les clients se montrent satisfaits des relations qu’ils entretiennent avec le personnel roulant de la société : « Je ne reçois de la part de nos clients que des compliments à leur propos. Nos conducteurs et nos conductrices s’impliquent fortement dans leur travail ; ils sont très attentifs aux opérations qui leur incombent. Leur implication est primordiale car ils sont les principaux représentants de l’entreprise ».
Repères
Siège : La Chapelle-Saint-Mesmin (45)
Chiffre d’affaires 2025 : 10 M€
Effectif : 63 salariés dont 51 conducteurs
Parc : 121 cartes grises dont 51 moteurs
Activités : Transport de matières radioactives et conventionnelles, transport d’outillage
Des cabines personnalisées
LGTN accorde une grande importance aux cabines de ses moteurs. Tous les véhicules sont équipés d’accessoires et entièrement optionnés. « La sécurité et le bien-être des conducteurs et des conductrices guide le choix des moteurs et des équipements retenus car il est indispensable de les mettre dans les meilleures conditions de travail possibles », souligne Georges Martinez. Chaque conducteur et chacune conductrice se voit attribuer son propre véhicule, les cabines étant dès lors personnalisées. Mais le matériel optionnel est le même pour tout le monde. Ainsi réfrigérateur ou télévision font partie des standards de l’entreprise. L’apparition des fours à micro-ondes à bord est due à la demande d’une conductrice qui estimait qu’en disposer serait plus pratique, la direction de LGTN ayant répondu favorablement à la demande. Afin de s’assurer du bon entretien des cabines, des revues sont régulièrement effectuées. Le nettoyage extérieur est quant à lui assuré sur les aires de lavage dont est équipée la société. « Nous sommes entièrement satisfaits de l’allure de nos ensembles car le personnel roulant en prend grand soin, en étant très fier du matériel », relève le dirigeant. La flotte est constituée à quasi-parité de modèles DAF et Volvo Trucks. Renouvelés tous les cinq ans, ils font tous l’objet de contrats « full service ». Une récente vague de renouvellement s’est traduite par l’arrivée sur le parc de 33 nouveaux moteurs dont 26 Volvo FH Aero équipés d’un moteur 500 ch I-Save à cabines rallongées de 10 à 12 cm. Les pneumatiques de la flotte sont contrôlés chaque semaine par un prestataire. Amenés à se déplacer sur de longues distances y compris à l’international, conducteurs et conductrices savent disposer en cas de souci d’une assistance complète à l’étranger. LGTN accorde toutefois une attention à la consommation, le dirigeant se félicitant que celle-ci s’avère de plus en plus contenue : « Les moteurs de dernière génération permettent une consommation inférieure à 20 l/100 km avec une charge de 10 tonnes », note-t-il. Afin de s’assurer d’un niveau de consommation régulier, l’entreprise du Loiret fait bénéficier tous les quatre mois chaque conducteur ou conductrice de l’analyse d’un coach. L’arrivée de l’intelligence artificielle, prévoit-il, va « encore permettre d’améliorer les consommations ». Pour le moment, seules des motorisations diesel sont présentes sur le parc. « L’hydrogène n’est pas d’actualité alors que les moteurs électriques ne garantissent pas encore une autonomie suffisante », remarque Georges Martinez.
« Favoriser la discussion »
Adepte d’un management de proximité, le président de la SAS assure que la direction de l’entreprise, son épouse étant directrice générale, est « très accessible ». L’objectif avoué est « de favoriser la discussion ». Il complète : « Le respect est affaire de réciprocité. Pour être respecté il faut être respectueux des gens avec lesquels on travaille ». Georges Martinez met l’accent sur la nécessité de prendre le temps de bien faire : « Prendre son temps est un principe fondamental dans notre métier. Rien ne doit mettre en péril la sécurité et le bien-être ». Ce principe a prévalu à la construction du siège social qui prend place sur un terrain d’une superficie de 1,5 ha. Il dispose en effet d’une salle de sport et d’une cuisine incorporée de façon à faire en sorte que « le personnel se sente tranquille et à l’aise ». Forte d’un chiffre d’affaires qui atteint dix millions d’euros, la société a pu s’appuyer sur une croissance à la fois interne et externe (cf. Encadré). Ces derniers mois, la croissance interne s’est traduite par l’arrivée de trois nouveaux conducteurs, et d’autant de moteurs.
Deux reprises en 10 ans
Fondée le 1er octobre 2015, la société LGTN démarre avec onze camions. Georges Martinez, l’actuel président, était déjà impliqué dans le TRM au préalable. Après avoir progressivement augmenté ses activités durant les premières années, la société a repris TEB59 en 2020 puis en décembre 2025 la filiale nucléaire du service route de Veolia qui comptait seize. N’excluant pas d’autres reprises, le dirigeant préfère pour le moment temporiser : « Nous avons toujours des idées en étant présents sur un marché de niche. Nous restons attentifs au marché car des opportunités peuvent toujours se présenter ».