Neige, tempête et blocages agricoles : jours de chaos pour le transport routier

camion agriculteur tracteur

Les manifestations agricoles engagées depuis la fin 2025 se poursuivent dans les territoires et ralentissent considérablement les livraisons.

Crédit photo AFP
Le transport routier français traverse un début d’année particulièrement éprouvant. Fortes chutes de neige, verglas puis la tempête Goretti… Au-delà des phénomènes météorologiques extrêmes, la colère des agriculteurs ne s’apaise pas, perturbant fortement la circulation des poids lourds, accentuant les tensions sur des chaînes logistiques déjà fragilisées. Retour sur quinze jours de chaos météo et social….

« Côté météo, ça a été un enchaînement très clair : lundi la neige, mardi le verglas, mercredi une légère accalmie, jeudi de nouveau la neige et vendredi la tempête », résume Pascal Gabet, directeur à la Direction interdépartementale des Routes du Nord-Ouest, revenant sur la semaine du 5 au 12 janvier. Cet épisode météo intense a touché en priorité la Normandie, le Centre-Val de Loire, les Hauts-de-France et l’Île-de-France. Les routes sont devenues rapidement impraticables pour les poids lourds. Dès les premières chutes de neige et les épisodes de verglas, les difficultés se sont cristallisées autour des poids lourds, vulnérables sur chaussées glissantes. « Dès qu’on a des effets météo un peu durs, on constate toujours la même chose : des accidents impliquant des poids lourds », observe Pascal Gabet. L’A28 entre Rouen et Abbeville est restée paralysée le 5 janvier pendant huit heures, notamment à hauteur de Neufchâtel, après qu’un poids lourd se soit mis en travers de la chaussée. « Quand l’autoroute est bloquée nous sommes parfois contraints d’intervenir à contresens, car les poids-lourds occupent la bande d’arrêt d’urgence pour leur repos. Or c’est justement cette voie que nous utilisons pour accéder aux zones d’accident », déplore Pascal Gabet. Sur le terrain, les entreprises de transport ont fait face à de nombreuses difficultés. « Chez nous, les voies express n’étaient ni déneigées, ni salées », dénonce Cédric Berchier. Ce responsable d’exploitation chez Blue Road, en Bretagne, a dû faire face aux N164, la N24 et N12 restées longtemps impraticables.

Les mesures de prévention face aux chutes de neige ont entraîné des stockages de plusieurs milliers de camions sur huit aires dédiées dans le Nord-Ouest. « Certains conducteurs en régional n’ont ni couchage ni nourriture à bord car ils rentrent habituellement chaque soir. Dans ces conditions rester bloqué devient très compliqué », déplore Cédric Berchier. Lors du passage de la tempête Goretti, l’enjeu principal était la prise au vent et la protection face aux rafales. La circulation a été interdite sur certains ouvrages comme les ponts de Normandie, de Tancarville ou le viaduc de Calix à Caen.

Après 48h d’interdiction de circulation lié aux chutes de neige, la circulation des poids lourds de plus de 3,5 tonnes a été rétablies le 11 janvier dans le Doubs, la Haute-Saône et le Jura. 400 camions étaient encore arrêtés ce dimanche sur les routes de Haute-Saône (A39 et A36).

La colère des agriculteurs ne faiblit pas sur les routes

Alors que les intempéries désorganisent les transports, la colère des agriculteurs contre l’accord UE-Mercosur renforce les tensions sur les routes. Les manifestations agricoles engagées depuis la fin 2025 se poursuivent dans les territoires et ralentissent considérablement les livraisons.

« Des opérations escargots, des blocages ponctuels… c’est très sporadique, mais à des endroits différents chaque jour », explique Pascal Gabet. « Dans les manifestations agricoles, il n'y a pas de heurts avec les transporteurs. Les forces de l'ordre vérifient que tout se passe bien », constate Cédric Berchier. En région PACA, les plus gros blocages ont lieu à « Saint-Martin-de-Crau et sur l’axe Bordeaux-Bayonne. Sur un trajet de dix heures, il faut actuellement quinze heures », précise Jean-Yves Astouin, président régional de la FNTR.

Sur plusieurs points du territoire national, des véhicules frigorifiques ont été interceptés par des agriculteurs, leurs remorques ouvertes avec effraction et des marchandises détruites. "Ces actes se sont produits sous le regard de forces de l’ordre restées passives, laissant se dérouler des actions manifestement illégales", a dénoncé l'OTRE dans un communiqué, rappelant que ces agissements ainsi que les blocages "exposent de nombreuses entreprises de transport, déjà fragilisées, à des conséquences financières majeures".

« Les stocks sont dans les camions »

Les répercussions sur l’approvisionnement ont été immédiates. « Les stocks ne sont plus dans les magasins, ils sont dans les camions. Une journée d’interdiction, et les plateformes logistiques commencent à alerter », souligne Samuel Neufville, délégué régional de la FNTR en Normandie. Un de ses adhérents estime à 40 000 euros la perte de chiffre d’affaires pour une seule journée. Pour réapprovisionner rapidement les entrepôts logistiques et les linéaires des grandes surfaces, une autorisation exceptionnelle de circuler le week-end a été accordée en Normandie, pour permettre des réapprovisionnements urgents les 10 et 11 janvier. En Ile-de-France, Lapeyre logistique, souligne avoir livré 80 % de ses clients, dès le 7 janvier, en mettant en place une organisation incluant « 30 % de véhicules légers supplémentaires pour prendre le relais là où les poids-lourds ne peuvent plus passer et des tournées doublées », indique le spécialiste du transport de produits frais.

Dans le grand Ouest, la neige et les restrictions de circulation ont empêché le passage des camions de collecte, les 6 et 7 janvier, contraignant de nombreux producteurs à jeter leur lait.

Sur le plan international, les effets cumulés des intempéries et des blocages ont saturé les grands axes transfrontaliers. « Il y a eu beaucoup de problèmes au niveau de la frontière franco-espagnole, avec environ 12 km de bouchons, et du côté de la Belgique », détaille Mathilde Leconant, chargée de mission à l’AFTRI. Sa collègue, Erica Giraldo ajoute : « Les conducteurs étaient coincés, certains ne pouvaient pas rentrer chez eux à temps. Il y avait un vrai risque de non-respect des temps de repos obligatoires ».

Malgré la violence de l’épisode météorologique, les autorités et les professionnels saluent l’efficacité du principe de précaution, généralisé depuis environ quatre ans, qui a permis une nette diminution d’accidents graves sur les routes françaises. Les préfets ont ainsi multiplié les arrêtés d’interdiction de circulation, limitant les risques liés aux conditions extrêmes.

Toutefois, le 6 janvier, un conducteur routier a perdu la vie sur la RD 824, à Saint-Paul-lès-Dax, alors qu’il portait secours à un collègue dont le camion avait dérapé sur la chaussée verglacée. « De nombreuses mesures de précautions ont été mises en œuvre, ce qui a permis d’éviter des dégâts humains majeurs en Normandie », souligne Samuel Neufville. Pascal Gabet insiste sur la nécessité de respecter des consignes. « Il faut respecter les arrêtés et ne pas se mettre sur la bande d’arrêt d’urgence. C’est vital pour les interventions », affirme-t-il.

Alors que les épisodes extrêmes se multiplient, les transporteurs, en première ligne, réclament une meilleure coordination, une diffusion plus fluide et anticipée de l’information de restrictions de circulation et non le 5 janvier à 22 heures…

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