La réunion tant attendue par la profession pour évoquer les difficultés rencontrées par les entreprises du TRM face à la flambée des prix à la pompe et pour trouver des solutions a enfin eu lieu le 17 mars. Entre les diverses solutions que les organisations patronales avaient proposées ces derniers jours (aide directe, coup de pouce fiscal, déplafonnement de l'encours carburants...), leurs attentes étaient fortes. Elles n’ont pas caché leur déception au sortir de cette table ronde qui réunissait autour de Philippe Tabarot, ministre des Transports, et Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée chargée de l'Énergie, le monde du transport et les distributeurs de carburant.
En introduction, Philippe Tabarot avait pourtant souligné qu’il « n’y a pas d’économie possible sans transport. 90% des marchandises sont acheminées par la route. Les entreprises du secteur sont le poumon de notre économie ». Reconnaissant que les marges des entreprises du secteur s’avèrent faibles, la hausse des coûts du carburant induit des conséquences financières difficiles à absorber, a-t-il ajouté, avant toutefois de prévenir : « Nous prenons le temps d’écouter mais il faudra se serrer les coudes. […] Il est aujourd’hui important de construire des solutions ensemble ».
Aucune aide immédiate
Les deux ministres ont exclu toute mesure financière directe, indiquant que la situation n’est pas comparable à celle de 2022, lors de l’inflation générée par le conflit russo-ukrainien, qui avait donné lieu à l’instauration d’aides immédiates. « Il y a beaucoup de déception, déplore Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR. Après deux semaines et demie de réunions et d’alertes, le gouvernement nous indique seulement que des pistes seront étudiées ! Il n’y a aucune mesure fiscale, aucune aide financière directe … » Une déception partagée par Jean-Marc Rivera : « Cette réunion faisait suite aux réunions quasi quotidiennes que nous avons eues avec eux, mais nous n’avons fait que répéter des constats et ils connaissaient parfaitement nos demandes. Finalement, nous ressortons sans aucune réponse précise. » Or, face aux défaillances qui se multiplient dans le secteur, les fédérations insistent sur l’urgence pour les entreprises de mesures qui soulagent rapidement les trésoreries : « Il faut vraiment apprécier le coût de l’inaction par rapport à ce que coûteraient ces aides, » insiste Jean-Marc Rivera qui ajoute que l’OTRE « ne lâchera pas l’affaire ». Plus modéré sur l’issue de cette réunion, Olivier Poncelet, délégué général de TLF, souligne de son côté que ces échanges ont permis « de rappeler la préoccupation principale de TLF, la trésorerie des entreprises, dans un contexte de forte fragilité due à une activité plus que morose depuis trois ans et un début d’année particulièrement compliqué ».
Les fédérations ont par ailleurs regretté un manque de clarté de la part des distributeurs de carburant qui contestaient les problèmes d’approvisionnement : « On ne dit pas qu’il y a une pénurie, précise Jean-Marc Rivera, secrétaire général de l’OTRE. On dit qu’il y a des problèmes d’approvisionnement en vrac, qu’on est contingenté et qu’il n’y a pas de lisibilité sur les prix. Ils contestent l’ensemble. »
Deux pistes envisagées
Parmi les pistes envisagées par le gouvernement figurent notamment des solutions concernant les plafonds d'encours carburants, soit le montant maximal de carburant accordé par les compagnies pétrolières qu’un transporteur peut consommer avant de régler sa facture. Avec l’augmentation rapide des prix, cet encours est atteint plus vite. Si le plafond est dépassé, les pétroliers peuvent bloquer les cartes ou exiger une garantie financière supplémentaire. Les fédérations professionnelles demandent donc des solutions au niveau de l'assurance-crédit ou un déplafonnement de ce système.
Le report de charges sociales, porté par TLF, est aussi étudié. Olivier Poncelet souligne que « chaque jour compte pour apporter des réponses aux entreprises et alléger leur trésorerie. Je pense que notre demande de report de cotisations sociales a été entendue, mais nous n’avons pas eu d’engagement ferme, ni de date. Nous attendons maintenant l’instruction rapide de cette mesure. »
D’autres revendications portées par les fédérations ont été évoquées, comme accroître les contrôles en matière de délai de paiement et une révision de l’indexation gazole plus régulière avec une facturation tous les 15 jours pour limiter l’impact immédiat des hausses de carburant. Elles restent sans réponse pour l’instant.