Le Moyen-Orient s’embrase : le prix à la pompe va-t-il flamber ?

Trucks refueling in petrol station, Transportation vehicle, Busi

Aucune pénurie n'est constatée pour le moment en France mais le prix du baril pourrait augmenter de 4 à 5 centimes dès la fin de la semaine.

Crédit photo ipopba - stock.adobe.com
Les frappes menées le 28 février 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran, suivies des ripostes de Téhéran visant plusieurs capitales de la région, ont ravivé le spectre d’un choc pétrolier. Les transporteurs routiers français, dont le gazole représente près de 30 % des coûts d’exploitation, doivent-ils redouter une flambée durable des prix à la pompe ?

La fermeture du détroit d’Ormuz décrétée par les Gardiens de la révolution iraniens, les attaques de tankers par des drones, le stand-by de 200 navires de part et d’autre du détroit, ainsi que l’arrêt partiel de la raffinerie saoudienne de Ras Tanura, ont affolé les marchés et inquiété les Français, nombreux à faire le plein par précaution.
À ce stade, les acteurs de la filière appellent au calme. « On s’en tient aux faits : il y a un conflit et un risque d’embrasement. Mais nous ne pouvons commenter que le court terme », tempère Blandine Ruty, porte-parole d’Ufip Énergies et Mobilités. Depuis janvier, le baril a progressé d’environ 20 dollars, dont 7 dollars sur le seul week-end des frappes. Il évolue autour de 80 dollars, loin des 130 dollars atteints au printemps 2022 lors du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Hausse de 4 à 5 centimes dès la fin de semaine

« Si le baril reste à ce niveau, on peut anticiper une augmentation de 4 à 5 centimes par litre en fin de semaine ou début de semaine prochaine », précise Blandine Ruty. Les distributeurs s’approvisionnent en continu et la répercussion est rapide. « On n’est pas dans un scénario comparable à 2022 », insiste-t-elle, rappelant que l’offre mondiale demeure suffisante. L’Opep+ a d’ailleurs annoncé une hausse de production de 206 000 barils par jour à compter d’avril.
La dépendance française reste limitée : environ 13 % du brut importé en 2024 provenait du Moyen-Orient, via des routes diversifiées. « À court terme, la France ne devrait pas être impactée. Le risque majeur serait un blocage durable d’Ormuz », observe-t-elle.

Des hausses jugées injustifiées constatées

Côté transport routier, la vigilance est de mise. « Le carburant représente en moyenne 30 % des coûts d’une entreprise de TRM », rappelle Florence Berthelot, déléguée générale de la FNTR. Les clauses d’indexation existent, mais leur application est souvent décalée d’un mois. « Pendant ce temps, la trésorerie encaisse le choc. Heureusement que ces mécanismes existent : avant, les hausses étaient mortifères », complète-t-elle.
Aucune pénurie n’est constatée. « Il ne faut pas laisser croire à une pénurie, ce serait une prophétie autoréalisatrice », prévient Florence Berthelot. La FNTR a toutefois signalé à la DGCCRF des hausses à la pompe jugées injustifiées dans l’Ouest. « Une hausse de quelques centimes peut s’entendre. Pas davantage », ajoute-t-elle.
Au-delà du carburant, l’inquiétude porte sur l’activité. « Dans les périodes de crise, il y a un effet psychologique : on consomme moins, et cela finit par impacter le transport », note-t-elle.
Un blocage durable d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, bouleverserait les équilibres : déroutements via le cap de Bonne-Espérance, hausse des primes d’assurance, tensions sur les capacités maritimes. « Nous sommes dans une tonalité rassurante, sans affolement, mais en alerte », résume Blandine Ruty.

« Rajouter une crise pétrolière… Il y aura de la casse »

À Carros (Alpes-Maritimes), Virginie Flavio, directrice générale des Transports Flavio et Fils et vice-présidente de la FNTR 06, constate déjà l’impact : « L’impact direct, c’est le carburant. On nous annonce déjà des augmentations, y compris sur le biocarburant. » Son entreprise, spécialisée dans le transport de produits frais palettisés et de déchets, exploite une flotte à 80 % au biocarburant. « Notre partenaire nous a notifié une hausse de 5 centimes dès cette semaine. Et nous n’avons aucune visibilité pour la suivante », souligne-t-elle.
Le B100 est indexé sur l’indice CNR et non sur le cours du baril. « Il va falloir réajuster nos barèmes kilométriques et répercuter auprès des chargeurs. L’indexation gazole est obligatoire, mais si l’on travaille en mois sur mois, on n’est pas suffisamment protégé. Il ne faut pas lâcher sur ce point ».
Elle redoute aussi des perturbations logistiques et une baisse des volumes, l’aéroport de Nice étant connecté à Dubaï avec un fret soutenu dans les soutes. « Les approvisionnements venant du maritime ou de l’aérien risquent d’être impactés. S’il y a des perturbations, cela jouera aussi sur les volumes. » Dans un contexte déjà marqué par les défaillances d’entreprises, l’inquiétude est palpable : « Le TRM est déjà dans le flou. Rajouter une crise pétrolière, il y aura de la casse. », conclut Virginie Flavio.
 

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