À fin août, le prix du gazole professionnel enregistrait une hausse de 46 % sur un an. Cette progression est supérieure à 18 % depuis le début de l’année. Quant au gaz carburant, il augmente de plus de 19 % en glissement annuel et de 2 % par rapport aux 8 premiers mois 2025. À ces évolutions révélées le 16 septembre par le Comité national routier (CNR), s’ajoute le doublement du prix de l’électricité au cours de l’été. « Le prix du mégawatheure a augmenté de 140 % », indique Emmanuel Treilleux avec plus de précision. En cause, « la canicule et ses conséquences sur le niveau des cours d’eau et la production hydroélectrique et leur réchauffement entraînant une baisse forcée de la production nucléaire », commente l’expert Marchés de l’énergie d’Enerjump. Dans le même temps, « la consommation d’électricité a connu un pic tirée par les besoins massifs de climatisation ». La contraction de l’offre et la croissance de la demande expliquent l’envolée du mégawatheure.
Hausse de toutes les énergies
Le point Marché des énergies réalisé par Enerjump n’anticipe pas de baisse des prix et redoute même de nouvelles progressions. Pour le diesel, la raison de cette probable hausse est davantage liée aux capacités de raffinage et au ralentissement sensible des transports de raffinés. En conséquence, les cours du gazole ont bondi de 150 % depuis les tensions au Moyen-Orient, tandis que ceux du brent (pétrole brut) « ne s’appréciaient que de 70 % ». « Une décorrélation inédite » selon Emmanuel Treilleux. Les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes participent à la diminution des capacités de raffinage mondiales, de diesel en particulier.
Deux principaux facteurs pèsent sur le prix du gaz. D’un côté, la reconstitution des stocks en prévision de l’hiver augmente les besoins. Tous les pays européens semblent d’ailleurs avoir pris du retard en la matière. De l’autre, l’offre disponible est contrainte par l’arrêt des flux du GNL en provenance du Qatar et la demande asiatique. De l’aveu d’Emmanuel Treilleux, le risque d’un emballement des prix dans le gaz est lié aux prochaines températures hivernales. Si le froid s’installe, « on fera venir du GNL à tout prix en Europe ».
S’engager sur la durée
À court terme, le prix du gaz à la pompe devrait rester en 2026 et 2027 autour de 1,64 € le kilo. Jusqu’en 2030, les prix proposés s’échelonneraient entre 1,31 et 1,15 €/kg. « Il est donc encore temps de sécuriser ses approvisionnements à des prix raisonnables », affirme l’expert. En parallèle, les partisans du gaz carburant dans sa version bio espèrent la transposition de la directive européenne RED III en France. Elle se concrétisera par l’entrée en vigueur de l’Incitation à la réduction de l’intensité carbone des carburants (IRICC) à la place de la Taxe incitative relative à l’utilisation de l’énergie renouvelable dans les transports (TIRUERT). Cette évolution aura pour conséquence notamment de renforcer la compétitivité de toutes les énergies alternatives. En Allemagne, où RED III a été transposée, « le biogaz est moins cher que le gaz fossile avec un prix d’environ 30 % inférieur à celui du gasoil également », partage d’Emmanuel Treilleux. À noter que la France accuse un retard de 3 ans dans la transposition du texte européen. Le vote est prévu cet automne pour une application début 2027 mais un report d’un an n’est pas à exclure, déplore Arnaud Bilek, fondateur et directeur général d’Enerjump.
Quid de l’électrique ?
Pour se prémunir de l’envolée des prix de l’électricité, le distributeur d’énergies décarbonées propose aussi des contrats d’engagement à prix fixes de plusieurs années. Au quotidien, sinon, cette énergie se distingue par des tarifs très volatils dont on peut profiter en utilisant des solutions de supervision et de gestion optimisée des charges (smart charging). Elles sont proposées avec les bornes. Quant aux entreprises qui produisent leur énergie à l’aide de panneaux photovoltaïques, une veille sur les batteries de stockage peut s’avérer pertinente.