« Pour beaucoup de nos entreprises, cette crise est celle de trop. » Dès l’ouverture du 80e congrès de la FNTR, Florence Dupasquier a donné le ton. Depuis le début de l’année, les transporteurs doivent absorber une nouvelle flambée des prix du carburant, alors que leurs trésoreries étaient déjà fragilisées par plusieurs années de crises successives. Gilets jaunes, Covid, réforme des retraites, guerre en Ukraine, inflation, ralentissement économique : la présidente de la FNTR estime que les entreprises arrivent aujourd’hui à leurs limites. Une situation que vient appuyer chiffre issu d’une étude de la Banque de France sur la situation économique du secteur : en moyenne, les entreprises disposent de 28 jours de trésorerie. « 28 jours, c’était et c’est trop peu pour absorber un choc de cette violence sur le carburant », souligne-t-elle. Car le problème tient autant au niveau du prix du carburant qu’au décalage entre la hausse des charges et sa répercussion auprès des clients. Le carburant doit être payé immédiatement. Les salaires, les échéances, les véhicules et les fournisseurs également. En revanche, l'indexation des prix de transport n'intervient que plusieurs semaines plus tard. Par ailleurs, concernant le dispositif d’urgence déployé pour compenser en partie la hausse des prix, des entreprises attendent encore le versement des aides des mois d’avril et mai. « La définition d’urgence ne doit pas être la même pour tout le monde, » a déploré Florence Berthelot déléguée générale de la FNTR. L’organisation patronale aurait préféré des prêts garantis par l’État, rapidement mobilisables pour répondre aux problèmes de trésorerie, a souligné Florence Dupasquier. Intervenu dans un enregistrement vidéo, le ministre des Transports Philippe Tabarot, a défendu les mesures mises en place : trois vagues d’aides avec des montants pouvant aller de 25 000 à 300 000 euros. Plus de 200 millions d’euros doivent être mobilisés pour le secteur, dont 68 millions avaient déjà été versés. La troisième vague a ouvert son guichet le 5 octobre. Le ministre reconnaît toutefois que les délais peuvent être longs. Il assure que le gouvernement suit les paiements chaque semaine, avec 5 à 7 M€ versés chaque semaine aux entreprises. Un argument qui n’a pas vraiment convaincu l’assemblée.
Pas de baisse temporaire des taxes
Face à la flambée des prix, Florence Dupasquier a demandé une baisse urgente et temporaire des taxes sur les carburants. Regrettant que le dispositif des aides carburant s’arrête pour le secteur, contrairement à d’autres, elle souligne également le différentiel avec plusieurs pays européens : « D’autres pays ont fait bien mieux ! La baisse a été plus rapide. Il faut savoir regarder ce qui se fait ailleurs ». Le gouvernement n'a pas annoncé de baisse. Philippe Tabarot a rappelé que le taux de remboursement partiel du gazole professionnel serait maintenu en 2026. Une réponse qui n’a pas satisfait au regard du niveau actuel des prix.
Indexation : « Il faut des contrôles et des sanctions »
L’autre bataille concerne l’indexation gazole. Si le mécanisme existe, son application doit être en revanche beaucoup mieux contrôlée, estime la FNTR, certains transporteurs peinant à répercuter réellement les variations du carburant dans leurs prix de transport. Florence Dupasquier demande donc un dispositif renforcé, avec des contrôles rapides, des sanctions lorsque les clauses sont contournées et un retour d’information sur les signalements effectués par les transporteurs. « Les transporteurs ne peuvent pas rester seuls face à une charge aussi volatile », soutient-elle. Sur ce sujet, le gouvernement semble davantage disposé à avancer. Philippe Tabarot reconnaît que l’indexation constitue une réponse « efficace, automatique et protectrice » face à la volatilité des prix de l’énergie. Son cabinet réunira le groupe de travail consacré à ce dossier le 21 octobre.
Transition énergétique : pas question de payer seuls
Florence Dupasquier a également voulu rappeler que la FNTR n’est pas opposée à la transition énergétique. Mais elle refuse qu’elle soit imposée aux entreprises sans tenir compte de leurs réalités économiques. Pour choisir une motorisation, explique-t-elle, il faut regarder les distances, les infrastructures, les coûts, l’autonomie, la puissance électrique, le foncier ou encore les capacités de recharge : « Cette transformation ne peut pas reposer sur les seuls transporteurs », insiste-t-elle. La FNTR demande ainsi que les donneurs d’ordre prennent leur part dans les investissements nécessaires à l’électrification des flottes. Le gouvernement met de son côté en avant la revalorisation des aides à l’achat de véhicules électriques. Depuis le 1er juin, elles peuvent atteindre 100 000 euros pour un tracteur routier (60 000 euros en 2025).
Mais reste le problème des infrastructures. Pour les poids lourds, le réseau de recharge est encore très insuffisant. Philippe Tabarot a évoqué le déploiement de 8 000 points de recharge sur les principaux axes routiers dans les prochaines années, ainsi qu’un programme de soutien aux bornes installées dans les dépôts et les centres logistiques, doté de 400 millions d’euros pour 2028-2030.
R-Pass et ECPL : la FNTR demande la suspension
Autre sujet qui inquiète directement les transporteurs : le R-Pass en Alsace (prévu pour janvier 2027) et le projet d’écocontribution poids lourd (ECPL) régionale dans le Grand Est. La FNTR demande leur suspension, ces dispositifs risquant de créer de nouvelles différences de concurrence entre territoires et d’alourdir les coûts d’exploitation. Et si ces nouvelles taxes entrent malgré tout en vigueur, Florence Dupasquier insiste sur le fait qu’elles devront être répercutées dans les prix de transport et ne pourront pas être absorbées par les transporteurs. Philippe Tabarot n’a pas évoqué de suspension. « Les collectivités concernées souhaitent notamment utiliser ces recettes pour l’entretien et la modernisation des infrastructures routières », a-t-il insisté.
Préparer les mutations à venir
Pour la présidente de la FNTR, le transport doit être considéré comme un secteur stratégique : sans camions, pas d’approvisionnement des usines, des commerces, des ports, des plateformes logistiques ou des territoires... La profession doit également préparer les mutations à venir : intelligence artificielle, robotisation, numérique, nouvelles motorisations et évolution des métiers. Mais une condition est incontournable a-t-elle souligné : les entreprises doivent avoir les moyens de rester debout pour pouvoir investir dans leur avenir. Et de conclure : « Quand le transport ralentit, l’économie ralentit. Quand le transport décroche, la compétitivité décroche. »