Julie Lee-Quil (Transports Quil) : « L'Alsace va faire le crash-test de la future éco-contribution »

Julie Lee-Quil, présidente des Transports Quil (54).

Crédit photo Sylvie Mugular
Julie Lee-Quil préside les Transports Quil (54), entreprise centenaire installée au cœur du corridor visé par la future éco-contribution. Spécialisée dans la distribution de marchandises générales sur le Grand Est. Élue Transporteur de l'année 2025, la dirigeante détaille ce qu'une PME régionale redoute d'un dispositif encore flou.

Vous combattez ces écotaxes régionales sur le principe ?

Nous ne sommes pas contre. Tout le monde a besoin de routes viables pour circuler, et cette taxe doit servir à les aménager, ça, on l'entend. Le problème, c'est qu'elle est régionalisée, et ça crée un problème de concurrence. Chez nous, 90 % du trafic circule sur ces routes. La distorsion sera énorme quand des acteurs nationaux, eux, pourront écraser leurs marges. Sur 30 millions d'euros de chiffre d'affaires, on estime, avec un calcul encore simpliste, autour de 900 000 euros de taxe. Sachant qu'on tourne à peu près à 2 % de marge, ça ne pardonne pas.

Qu'est-ce qui vous inquiète le plus concrètement ?

La taxation au kilomètre, c'est un travail phénoménal en matière de facturation. Quand on fait de la distribution, on a plusieurs clients dans le même véhicule. À qui facture-t-on quoi, et sur combien de kilomètres ? C'est extrêmement imbriqué, et on n'a peu ou pas d'informations sur les processus de facturation comme de répercussion. Avec TLF, notre position n'est pas de nous opposer, mais de réclamer un mécanisme clair, écrit et opposable à nos clients. Si le transporteur ne répercute pas, il finit forcément en grande difficulté. On parle de liquidations, de redressements.

Que demandez-vous aux régions qui portent ces projets ?

Il faudrait mettre les transporteurs au cœur du dispositif, parce qu'on a peu de leviers et aucun bouclier sur cette contribution. Les autres régions font l'autruche, elles s'imaginent que ça ne se reproduira pas chez elles. C'est faux de croire que ça vise les entreprises étrangères. Chaque région aura la possibilité de taxer ce qu'elle veut, il n'y aura pas d'égalité. On est dans le flou d'un dispositif qui ne semble pas maîtrisé, et on se sent vraiment seuls, notamment au niveau national, sans soutien probant du gouvernement ni du ministre des Transports. On demande un report, on n'a pas de réponse. L'Alsace va faire le crash-test, et nous, on ne sait toujours pas comment on fera.

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