Le Comité national routier (CNR) vient de publier sa monographie actualisée sur le transport routier de marchandises roumain, réalisée avec la fédération UNTRR. Elle chiffre à 1,08 euro le coût de revient kilométrique complet d'un ensemble articulé de 40 tonnes exploité à l'international, en progression de 31 % par rapport à l'étude de 2020.
Trois postes expliquent l'essentiel de cette envolée : le carburant, en hausse de 49 %, la détention des véhicules, en hausse de 56 %, et le coût horaire de conduite, qui progresse de 14 % en trois ans. La guerre en Ukraine y tient une place centrale, par la flambée du gazole comme par le départ de centaines de conducteurs ukrainiens, qui a aggravé la pénurie de main-d'œuvre. S'y ajoute l'application effective des règles européennes de temps de conduite, qui a désorganisé les tournées longues et fait reculer la productivité horaire.
Un rattrapage social qui reste loin des standards français
Le mouvement de fond est le rattrapage économique du pays. Le salaire minimum roumain est passé de 115 euros par mois en 2007, à l'entrée dans l'Union européenne, à 797 euros au 1er janvier 2026, soit une multiplication par sept.
La structure de rémunération demeure pourtant très éloignée du modèle français. Le CNR retient un salaire brut mensuel de 710 euros, primes comprises, auquel s'ajoutent 1 634 euros d'indemnités de déplacement. Ces indemnités, comprises entre 35 et 87,50 euros par jour, ne supportent ni cotisations ni impôt tant qu'elles n'excèdent pas 2,5 fois le plancher légal, un seuil que les entreprises atteignent très souvent. Elles constituent donc l'essentiel du revenu net du conducteur, établi à 1 859 euros par mois. Les cotisations patronales, elles, s'élèvent à 2,25 % seulement.
Un cabotage en France divisé par deux
Les données d'activité nuancent toutefois une idée reçue. Le cabotage roumain en France a culminé à 1 196 millions de tonnes-kilomètres en 2017 avant de refluer en continue jusqu'à 630 millions en 2024. L'Allemagne a suivi la trajectoire inverse et concentre désormais près d'un tiers du cabotage roumain. Cette activité ne pèse d'ailleurs que 4 % du pavillon, dont l'orientation internationale reste massive, avec 64,3 % des tonnes-kilomètres réalisées hors de Roumanie. Le transport entre pays tiers en représente à lui seul un quart, signe que les entreprises roumaines se positionnent surtout sur les liaisons entre pays d'Europe occidentale.
Le pays compterait environ 30 000 entreprises de transport au sens européen, pour une flotte de plus de 155 000 véhicules.
Une réserve s'impose sur la lecture de ces chiffres : les profils de coûts établis par le CNR correspondent aux conditions économiques de la fin 2023, période des entretiens menés auprès de quatorze entreprises roumaines.
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