La palette locative gagne des parts de marché

Le marché de la location et gestion de palettes se développe selon ses leaders CHEP, LPR et IPP. Fondés sur un modèle circulaire et la mutualisation, les avantages écologiques de la palette locative sont reconnus. 

Crédit photo IPP
Le marché de la location et gestion de palettes se développe selon ses leaders CHEP, LPR et IPP. Fondés sur un modèle circulaire et la mutualisation, les avantages écologiques de la palette locative sont reconnus. À l’origine de nombreux transports, la réduction de l’empreinte carbone guide la logistique de ce secteur avec la participation active des transporteurs. 

Plus de 95 % des marchandises transportées par route circulent sur palettes. Pour répondre à ce besoin, 190 millions de ces « facilitateurs » de manutention seraient utilisés en France. La majorité, à 60 %, est louée dans le cadre de pooling dit fermé, tandis que le système d’échange, appelé pooling ouvert, se partage les 40 % restants avec la palette perdue. Financée par les chargeurs, la palette locative décharge les transporteurs de leur gestion. « Ils sont libérés du poids financier, du stock et des litiges qui accompagnent les systèmes d’échange et les palettes perdues », s’accordent CHEP, LPR et IPP, les principaux acteurs de ce marché en France. « Le transporteur gagne aussi en charge utile en évitant de transporter des palettes vides et ne s’embarrasse plus d’inventaire chronophage. Le travail des conducteurs est plus fluide en outre », ajoutent-ils. 

L’offre des trois loueurs est fournie avec des solutions digitales permettant à leurs clients d’ajuster les quantités de palettes à leurs besoins. Elles servent aussi à suivre leurs mouvements pour les récupérer une fois les marchandises livrées aux destinataires. Des capteurs peuvent être déployés pour suivre ces flux en temps réel, les éventuels chocs ou les changements brusques de température. 

Un marché en croissance

Reconnaissable par le bleu de ses palettes, « CHEP est le leader français et mondial du pooling fermé avec une forte expertise dans les filières industrielles où l’automatisation et la mécanisation renforcent les exigences de qualité des palettes », affirme Nicolas Decamme. Filiale du groupe australien Brambles présente dans 60 pays, « CHEP  emploie 260 collaborateurs et compte 28 centres de services en France », précise son directeur Supply chain. 

Sur ce réseau, seul le site de Templemars, dans le Nord (59), est géré par le spécialiste de la location et gestion de palettes. La gestion des autres sites est externalisée auprès de prestataires qui inspectent, trient, réparent et recyclent les palettes. « Ce schéma national est au service de 1 400 clients et 9 600 points de collecte. Il a traité plus de 45 millions de mouvements en 2025 », détaille Nicolas Decamme. 

Bien que fluctuant chaque année au rythme de la consommation, l’analyse sur longue période montre que ce volume augmente. « La palette locative gagne des parts de marché sur les systèmes « échange » et des palettes perdues », confirme le responsable. Elle semble bénéficier notamment de l’entrée en vigueur de la Responsabilité élargie des producteurs (REP) sur les emballages. Depuis cet été, elle impose à tous les « metteurs sur le marché » de financer leur gestion jusqu’à leur fin de vie. 

La chasse aux kilomètres à vide

Sur chaque centre de services, des transporteurs assurent les opérations de ramasse et de livraison. « Ils rayonnent sur une zone de chalandise optimisée en termes de distance, chargement et d’émissions de gaz à effet de serre (GES) », explique Nicolas Decamme. « En plus des transporteurs qui interviennent autour de ces barycentres régionaux, une centaine gèrent nos mouvements massifiés en France et en Europe ». En règle générale, ces transporteurs travaillent avec CHEP depuis plusieurs décennies. « Ce qui ne nous empêche pas de sonder le marché chaque année », souligne le responsable. 

Régionaux, nationaux ou européens, l’essentiel des 900 transports quotidiens de CHEP France se fait en camions complets. Soit l’équivalent de près de 500 unités par envoi dans le cas de palettes Europe 80x120 cm. Illustrée par les chartes FRET21 signées en 2019 puis en 2024, la sensibilité aux émissions de GES guide les achats transport du loueur. Entre 2024 et 2027, il s’est engagé à les réduire de 7 % (après – 13 % entre 2019 et 2021). « Depuis l’an passé, 100 % de notre électricité est d’origine renouvelable et nous visons la neutralité carbone nette d’ici 2040 », détaille le directeur Supply. CHEP France encourage aussi ses transporteurs à passer à des carburants alternatifs. Le report modal vers le ferroviaire est un autre levier ainsi que le partage des capacités de transport et le backhauling avec ses clients. « Avec le concours de 164 clients européens, ces solutions collaboratives ont permis d’éviter 5 Mkm à vide et l’émission de 2 630 tonnes de CO2 en 2025 », indique-t-il.

Au service de la distribution

Pour La Palette Rouge, LPR se positionne comme le loueur de palettes spécialisé dans les secteurs du retail et des produits de grande consommation (FMCG). Société du néerlandais Euro Pool Group, son réseau s’appuie sur 145 centres de services à travers 25 pays en Europe reliés à 32 000 points de collecte. En France, son réseau est organisé autour de 16 dépôts. En plus des opérations de ramasse, tri, réparation éventuelle et livraison à ses clients, la plupart recyclent et transforment les palettes en granulés en fin de vie.

Quant aux transports pilotés par LPR, « ils sont réalisés par plusieurs transporteurs en camions complets à l’aide d’ensembles bâchés et plateaux », déclare Steve Belot. Ces transporteurs sont sélectionnés selon plusieurs critères précise le directeur France de LPR. Sont pris en compte notamment « l’accès aux solutions multimodales, l’engagement en matière de décarbonation et les synergies avec nos clients pour optimiser les trajets et éviter les kilomètres à vide ». Parmi ses solutions digitales, le dirigeant met notamment en avant « un outil de simulation des coûts. Il permet de quantifier l’impact financier positif du passage des palettes perdues ou « blanches » vers le pooling ». 

IPP le challenger

Confiant dans l’avenir, IPP estime que le pooling fermé gagnera 20 à 30 % de parts de marché supplémentaires d’ici 2030 sur le parc des palettes échangées et perdues. « Renforçant les enjeux RSE, les obligations nées avec la REP sur les emballages créent de nouvelles opportunités pour la palette locative », selon le directeur commercial d’IPP France Michael Karadjinov. Portée par cette croissance, la filiale du groupe néerlandais Faber, qui se remarque par ses palettes brun brique, ambitionne de doubler son chiffre d’affaires en Europe pour atteindre 500 M€ en 2030. 

Présent dans 15 pays européens avec un réseau de 90 centres de services et de dépôts, IPP déclare « 85 millions de mouvements de palettes en 2025. Ce volume a été multiplié par deux au cours des cinq dernières années à l’image de notre chiffre d’affaires », confie-t-il. Bien que « généraliste », la majorité de ses clients interviennent dans l’industrie agroalimentaire qui approvisionne la grande distribution et le retail. « La France est un pays clé dans notre organisation logistique. Au centre de l’Europe de l’Ouest, elle consolide des flux domestiques et de transit », explique Michael Karadjinov. Pour ces flux traités en lots et en complets, IPP collabore avec 70 transporteurs régionaux, nationaux et européens. Des appels d’offres annuels sont lancés même si « la majorité travaille avec nous depuis plusieurs décennies », assure le responsable. 

Anticiper les besoins

Représentant 60 000 missions par an, « les transports régionaux couvrent les ramasses et les livraisons locales sachant que les palettes repassent par nos centres pour être triées et réparées, si nécessaire, avant d’être réinjectées dans notre réseau ». Dans ce cadre, Michael Karadjinov souligne « la possibilité pour les transporteurs de bénéficier de contre flux et de rechargements sur les bases de la GMS ». 

Cette optimisation est pilotée par le TMS d’IPP. Elle participe à ses objectifs de réduction de ses émissions de GES de 30 % d’ici 2030 par rapport à 2020 avec un objectif de « net zéro carbone »visé en 2045. « En 2025, nos émissions ont déjà baissé de 19 % », abonde le directeur commercial. Par le biais d’une charte FRET21 notamment, ce résultat consolide aussi le report modal vers le rail et l’utilisation de biocarburants par ses transporteurs. Parmi les autres innovations digitales du loueur, la solution « Intelligent Flow » permet d’anticiper les besoins en palettes de ses clients en tenant compte de plusieurs paramètres dont l’historique des mouvements, ses prévisions ou la saisonnalité. 

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