L'IRU et Transport & Environment (T&E) ont adressé le 3 septembre une lettre commune à la présidente de la Commission européenne pour réclamer un sursaut politique sur la décarbonation du transport lourd. Les deux organisations, rarement alliées, demandent l'ouverture d'un dialogue stratégique de haut niveau réunissant transporteurs, constructeurs, fournisseurs d'infrastructures et d'énergie et société civile, afin de lever les obstacles pratiques et économiques qui freinent le passage au camion zéro émission.
Le contexte pèse lourd dans cette démarche. La crise énergétique et géopolitique née des conflits en Iran et en Ukraine a fait flamber le prix du gazole et ravivé les inquiétudes sur la sécurité énergétique de l'Europe, tandis que les événements climatiques extrêmes perturbent les opérations de transport et fragilisent les infrastructures.
Un calendrier législatif sous haute tension
L'appel intervient avant la révision de deux réglementations européennes structurantes : le règlement sur le déploiement des infrastructures pour carburants alternatifs (AFIR), qui pilote l'installation des bornes de recharge et des stations hydrogène, et les normes de CO2 applicables aux véhicules lourds, qui fixent les objectifs de réduction des émissions pour les camions neufs.
Pour Raluca Marian, directrice du plaidoyer européen de l'IRU, la transition a besoin d'une impulsion politique au plus haut niveau, l'Union ayant fixé le cap mais devant encore aligner efforts européens et nationaux. Elle insiste sur un point sensible pour la profession : ce sont les transporteurs qui investissent dans ces véhicules et les exploitent au quotidien, et leurs réalités économiques doivent être au cœur des décisions.
Concilier souveraineté énergétique et viabilité économique
Du côté de T&E, le directeur exécutif William Todts voit dans la crise du diesel un signal d'alarme, plaidant pour une réduction rapide de la dépendance au pétrole importé au profit de camions électriques alimentés par une électricité produite en Europe.
Les deux organisations préviennent enfin que le succès de la transition dépendra aussi de la capacité du réseau électrique, de prix de l'énergie compétitifs, des financements et d'une demande réelle pour le transport zéro émission.
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