Petit rappel des faits : une commission parlementaire, créée en octobre 2003, a publié mi-avril un état des lieux accablant et sans nuances sur la réduction du temps de travail. Lequel, militant pour une révision de la durée légale du temps de travail, dresse la liste des « méfaits » pour l'économie française, en général, et ses entreprises, en particulier (productivité en berne, emplois créés peu nombreux, fuite des investisseurs étrangers...). Bien que le gouvernement Raffarin ait fait connaître ses réserves sur l'étude en question, la polémique a valeur d'avertissement. Est-elle le prélude à des affrontements nourris d'arrière-pensées politiques (qui garantissent de sérieux blocages à venir) ou le rappel que seule la négociation collective (et le respect du principe, bien connu dans le monde des affaires, du « gagnant-gagnant ») doit prévaloir dans l'assouplissement du droit du travail ? Gageons que la seconde voie sera privilégiée. Dans le secteur du transport routier, le débat sur une plus grande souplesse des temps de travail des conducteurs est toujours d'actualité. La transposition en droit français de la directive européenne sur le temps de travail des conducteurs est un chantier de première importance. Pour la profession, il est au coeur des revendications. Le ministre de Robien a donné mission à Georges Dobias (un revenant !) de définir, au plus tard avant le 15 juin, les modalités de la transposition qui concerne les périodes de décompte de temps de travail, le seuil de déclenchement des heures supplémentaires et du repos compensateur, le travail de nuit, la durée hebdomadaire moyenne maximale... Le nouveau chargé de mission devra agir avec doigté. Mais le pire serait le statu quo. A l'heure l'Europe devient un large terrain ouvert à la compétition, le surplace ne mène nulle part.
Editorial