Quelles seront vos priorités à la tête de l’AFT ?
Ma première priorité sera de poursuivre un combat qui m’anime depuis toujours : favoriser la place des femmes dans le transport et la logistique, des secteurs encore largement perçus comme masculins. L’ambition de l’AFT est claire : ouvrir davantage ces métiers aux femmes et créer les conditions de leur réussite durable, comme des horaires adaptés. Cela passe notamment par le développement de partenariats en faveur de l’égalité professionnelle ou encore un accompagnement renforcé pour les femmes éloignées de l’emploi. Dans mon entreprise, j’ai souvent vu des femmes découvrir le transport par hasard et s’y épanouir pleinement. Certaines ont obtenu leur permis poids lourd après avoir travaillé dans d’autres secteurs. Cela montre que ces métiers sont accessibles à toutes celles qui souhaitent s’y engager.
Comment comptez-vous également renforcer l’attractivité du secteur auprès des jeunes ?
Je souhaite renforcer la visibilité des métiers du transport et de la logistique auprès des jeunes, filles comme garçons. Cela passe par les stages, les visites d’entreprises, les interventions dans les collèges et les lycées. Nous menons déjà ce type d’actions à l’AFT, mais je souhaite leur donner encore plus d’ampleur. Dans mon entreprise, nous allons même jusqu’à présenter les camions aux plus jeunes enfants afin de leur faire découvrir cet univers très tôt. Plus on montre la réalité de nos métiers, plus on suscite des vocations.
Un sujet vous tient particulièrement à cœur : l’alternance. Que faudrait-il pour la développer davantage dans le secteur ?
Je suis très préoccupée par la réduction des aides à l’alternance. Former un jeune représente un investissement important en temps, en énergie et en moyens financiers pour les entreprises. Ces aides constituaient un véritable levier pour encourager les recrutements. Je regrette également certaines incohérences du dispositif actuel. Dans notre groupe, nous accueillons de nombreux alternants, mais le mode de calcul des quotas ne nous permet pas toujours de bénéficier des aides auxquelles nous pourrions prétendre. J’ai interpellé plusieurs ministères sur ce sujet sans obtenir de réponse. Au-delà du fond, c’est ce manque d’écoute qui me préoccupe. Les entreprises qui s’engagent pour la formation des jeunes devraient être davantage accompagnées et entendues.
Le transport traverse une période économique difficile. Craignez-vous une pénurie de main-d’œuvre dans les prochains mois ?
Pas davantage qu’au cours des dernières années. Aujourd’hui, le contexte économique est compliqué et certaines entreprises disparaissent, ce qui réduit temporairement les tensions sur le recrutement. En revanche, il faut anticiper les départs à la retraite et le renouvellement des générations. Les jeunes sont souvent attirés par des métiers plus visibles ou plus valorisés médiatiquement. Nous devons donc poursuivre nos efforts pour promouvoir les métiers du transport. Depuis la crise sanitaire, les entreprises ont également beaucoup plus de mal à se projeter. Avant, nous pouvions planifier nos activités sur cinq ou dix ans, et donc les recrutements. Aujourd’hui, réussir à se projeter à six mois est déjà un défi.
La transition énergétique peut-elle contribuer à améliorer l’image du secteur ?
Oui, clairement. La transition énergétique constitue une opportunité pour faire évoluer l’image du transport routier. Elle permet de sortir de l’image du « camion pollueur » encore très présente dans l’opinion publique. Nous devons accompagner les entreprises dans cette évolution, notamment à travers la formation aux nouvelles énergies et aux nouveaux usages. Cette transformation répond également aux attentes croissantes des clients et des chargeurs. Elle contribue donc à la fois à la compétitivité des entreprises et à l’attractivité des métiers.
Quel est votre point de vue sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans le secteur ?
Nous ne devons pas avoir peur de l’intelligence artificielle. Au contraire, nous devons former les professionnels à son utilisation et apprendre à la manager. L’IA doit être considérée comme un outil facilitateur. Elle participe à la modernisation de nos métiers et de notre image. Pour attirer les jeunes générations, il est indispensable d’intégrer ces nouveaux outils et de poursuivre la digitalisation de nos formations et de nos services.
Quel message adresseriez-vous à un jeune qui hésite à rejoindre le secteur ?
Je lui dirais simplement : venez essayer ! Comme pour un plat que l’on n’a jamais goûté, on ne peut pas savoir si l’on aime avant d’avoir testé. L’immersion est la meilleure façon de découvrir la réalité de nos métiers. J’ai récemment accueilli dans mon entreprise un jeune homme en situation de handicap à la suite d’un accident de la route. Il ne savait plus vraiment quelle orientation donner à sa vie. Son immersion dans nos équipes lui a redonné confiance et l’envie de poursuivre ses études dans l’exploitation ou la logistique. Ce sont des expériences comme celles-ci qui montrent toute la richesse de notre secteur.
Votre groupe est reconnu pour sa politique RH. Quelles initiatives avez-vous mises en place ?
Nous accordons une grande importance à l’intégration et au bien-être des collaborateurs et collaboratrices. Chaque nouvel arrivant suit un parcours d’intégration qui lui permet de découvrir l’ensemble des services de l’entreprise avant de prendre pleinement ses fonctions. Nous travaillons également beaucoup avec les groupements d’employeurs afin de faciliter l’insertion et les parcours professionnels. Depuis plus de dix ans, nous avons mis en place une salle dédiée au bien-être. Des professionnels interviennent régulièrement : sophrologue, ostéopathe, praticien en shiatsu ou encore coachs sportifs. Aujourd’hui, trois coachs sportifs sont présents chaque semaine dans l’entreprise. Nous proposons également un accompagnement social avec une assistante sociale qui peut aider les salariés sur des problématiques de logement ou de vie quotidienne. Enfin, nous favorisons autant que possible la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle. Les collaborateurs et collaboratrices peuvent par exemple venir avec leurs enfants dans certaines situations exceptionnelles. Cette souplesse contribue à créer un environnement de travail serein et humain.
Dates clés
2026 : Élue présidente de l’AFT
2023 : Acquisition des Transports Bergès (31)
2021 : Nomination au grade d’officier de l’Ordre national du Mérite
2019 : Création de Jimenez Déménagement
2017 : Nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur
2015 : Reprise de Callejo (31), une opération qui permet de doubler les effectifs du groupe
2014 : Élection à la présidence du CRFPTL Midi-Pyrénées
1996 : Création de l’entreprise Jimenez FVA