Les tarifs du fret routier européen restent sous pression au premier trimestre 2026, mais la dynamique change de nature. Selon le dernier benchmark IRU-Upply-Ti, l’indice des prix contractuels atteint 140,1 points, en hausse de 3,2 points sur un trimestre et de 8,9 points sur un an. À l’inverse, l’indice spot recule à 132,3 points, soit -2,8 points sur un trimestre et -2 points sur un an. Cette divergence illustre un marché où les contrats intègrent progressivement la hausse des coûts, tandis que le spot se normalise après la période haute de fin 2025.
Des hausses tirées par les coûts
Le principal facteur de tension reste le carburant. Le prix moyen du gazole dans l’Union européenne est passé de 1,56 €/litre fin 2025 à 1,96 €/litre fin mars 2026, soit une hausse de 26 %. La France fait partie des marchés les plus touchés, avec une augmentation de 27 % entre décembre et mars, contre 35 % en Allemagne.
Le rapport souligne que seuls quelques pays, dont la France, l’Espagne et l’Italie, disposent de mécanismes nationaux permettant de répercuter les hausses de carburant dans les prix de transport. Mais ces dispositifs n’ont pas toujours suivi la vitesse du choc énergétique. Pour les transporteurs, l’enjeu est donc moins de profiter d’un marché porteur que de préserver leurs marges face à une hausse brutale des charges.
Cette pression dépasse le seul gazole. Les péages continuent aussi d’augmenter dans plusieurs pays européens. En Pologne, les tarifs pour un ensemble tracteur-semi-remorque Euro VI ont progressé de 33 % en février, tandis que la France a enregistré en février une hausse moyenne de 0,86 % des péages, avec un maximum de 1,41 % sur le réseau Cofiroute.
La France dans un marché européen contrasté
Sur les lignes internationales, la relation Paris-Birmingham se distingue par une forte tension tarifaire. Les prix contractuels y atteignent 151,7 points, soit 3,00 €/km, en hausse de 8,4 points sur un trimestre et de 17 points sur un an. Sur le spot, la même liaison atteint 165,4 points, soit 3,18 €/km, avec une progression de 7,2 points sur un trimestre. Le rapport explique cette dynamique par la vigueur des importations britanniques depuis l’Union européenne, notamment dans les produits chimiques, pharmaceutiques, les machines et équipements de transport.
Sur le marché domestique français, le constat est plus modéré. Les taux spot clôturent mars à 123,5 points, en baisse de 5,6 points sur le trimestre et de 6,5 points sur un an. Les taux contractuels atteignent 125,1 points, quasi stables sur un mois, mais en légère hausse sur un an. Le marché français apparaît donc moins porté par les volumes que par l’intégration progressive des coûts dans les contrats.
Les volumes restent d’ailleurs fragiles à l’échelle européenne. Les échanges routiers entre grandes économies de l’UE ont reculé de 8 % sur un an au premier trimestre. L’IRU prévoit encore une croissance du fret routier européen de 1,3 % en tonnes-kilomètres en 2026, mais cette projection dépendra de la durée des tensions géopolitiques, de l’évolution du carburant et de l’inflation.
Des tensions durables sur la capacité
À ces incertitudes s’ajoutent des contraintes d’offre. Selon les premières données de l’enquête annuelle de l’IRU, 12,1 % des postes de conducteurs restaient non pourvus dans l’Union européenne en 2025. Le rapport signale également un ralentissement du renouvellement des flottes, avec des immatriculations de camions neufs en recul de 6 % sur un an en 2025.
Dans ce contexte, la hausse des prix du transport routier pourrait se poursuivre au deuxième trimestre, même en l’absence de reprise franche des volumes. Le sentiment de marché va dans ce sens : l’indice européen des anticipations de prix progresse de 6,2 points au premier trimestre, et près des deux tiers des répondants anticipent une légère hausse des tarifs dans les trois mois.
Pour les transporteurs, le message est clair : la bataille tarifaire des prochains mois se jouera moins sur la croissance de la demande que sur la capacité à répercuter des coûts d’exploitation redevenus très volatils.
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