Mouvement agricole/ Jean-Marc Rivera (OTRE) : « La tension est extrêmement élevée et le risque de débordement réel »

Le mouvement agricole ne faiblit pas et, en parallèle des blocages qui pèsent sur les transporteurs, prend une nouvelle dimension avec des véhicules qui sont interceptés, fouillés pour vérifier les cargaisons et parfois endommagés. Jean-Marc Rivera, délégué général de l'OTRE, tire la sonnette d'alarme sur les conséquences pour les entreprises du transport routier.

Le conflit des agriculteurs entamé vers mi-décembre semble avoir changé de nature. Vous avez alerté les pouvoirs publics sur une montée de la violence. Quel est aujourd’hui l’impact pour les transporteurs routiers ?

Dès les premières mobilisations en décembre, nos entreprises ont été confrontées à des barrages, des détours, des retards… Mais depuis le début de cette semaine, nous avons franchi un seuil. Des véhicules sont interceptés, fouillés, parfois même détruits. Les agriculteurs ne ciblent pas les transporteurs spécifiquement mais nos chargements sont contrôlés, ils vérifient nos cargaisons. Certaines remorques ont été taguées à la peinture indélébile d’autres ont été ouvertes à la meuleuse. Cela se fait sous les yeux des forces de l’ordre, souvent sans réaction. Or les transporteurs ont des comptes à rendre aux propriétaires des marchandises. Le niveau d’exaspération des transporteurs monte. La tension est extrêmement élevée et le risque de débordement réel. Nous avons déjà recensé plus d’une trentaine de cas. Les pertes économiques sont importantes : 200 euros de pertes par jour et par véhicule en moyenne. Une PME avec dix camions peut perdre jusqu’à 30 000 euros sur un mois. Pour un secteur déjà fragilisé, c’est insupportable. La région Sud-Ouest est la plus impactée (Pays Basque, Occitanie, Toulouse, Aveyron) et cela remonte également sur la Dordogne, le Limousin et le Poitou-Charentes. Des interceptions ont aussi été signalées près du port du Havre.

Que demandez-vous aujourd’hui aux pouvoirs publics ?

Nous avons saisi le ministère des Transports mais la sécurité sur les routes relève du ministère de l’Intérieur, et pour l’instant, il n’y a aucune réponse concrète. L’équilibre financier de nos entreprises est extrêmement fragile depuis deux ans et ces blocages nous plongent dans le rouge. Nous demandons des mesures immédiates et notamment aux forces de l’ordre de garantir la libre circulation. Nous réclamons la fin des interceptions illégales, des garanties qu’aucune verbalisation ne sera appliquée pendant cette période (pour non-respect des temps de conduite et repos etc.). À plus long terme, nous réclamons aussi des mesures compensatoires pour nos pertes, comme des exonérations de charges. Nous étudions également des recours juridiques contre l’État.

Vous dites comprendre les revendications agricoles. Comment concilier soutien au monde paysan et la préservation de vos entreprises ?

Bien sûr, nous comprenons la détresse et le combat des agriculteurs, notamment les plus petits. Nous aussi, nous représentons des PME familiales. Mais leurs actions ne doivent pas avoir des conséquences sur les autres secteurs économiques. Il y a d’autres moyens d’agir tout aussi efficaces sans bloquer l’économie du pays.

Des véhicules sont endommagés.
Crédit photo : OTRE

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