L’Officiel des Transporteurs : Vous êtes référent de l’action « Repenser le modèle du transport de marchandises » portée par l’association Ruptur Pourquoi avez-vous souhaité vous engager ?
Christophe Texier : Cet engagement s’inscrit dans une continuité. Cela fait déjà plusieurs années que nous travaillons, au sein de Le Roy Logistique, sur des chantiers liés à l’optimisation du transport et à la réduction de notre impact environnemental. Participer à cette action allait donc de soi. Il y a aujourd’hui une véritable urgence, à la fois économique et climatique, à repenser notre modèle. L’intérêt de cette démarche réside dans la volonté de créer une dynamique collective : sortir d’une logique défensive ou purement concurrentielle pour réfléchir ensemble à des solutions concrètes et durables. La « rupture », au sens où l’entend Ruptur, consiste précisément à changer de regard et à accepter de remettre à plat certaines pratiques historiques du secteur.
Qu’attendez-vous concrètement de ce programme et des ateliers menés avec les différents acteurs ?
C.T. : L’enjeu principal est de dépasser la seule question du prix du transport qui domine encore trop souvent les discussions. Nous souhaitons aborder le transport de marchandises de manière plus globale en raisonnant en termes de solutions : organisation des flux, positionnement des stocks, mutualisation des tournées, choix énergétiques ou encore optimisation des chargements. Ces leviers permettent non seulement de réduire l’empreinte carbone mais aussi de générer des gains économiques réels. Les échanges avec les chargeurs, les transporteurs mais aussi d’autres parties prenantes (énergéticiens...) font évoluer les points de vue. Il n’existe pas de solution unique mais une multitude de pièces de puzzle qu’il faut assembler et adapter à chaque contexte.
Quels sont aujourd’hui vos axes de travail prioritaires pour construire le transport de marchandises de demain ?
C.T. : La transition énergétique est clairement notre priorité numéro un. Nous devons faire des choix structurants dans un contexte où les règles évoluent rapidement et où la visibilité à long terme fait parfois défaut. Aujourd’hui, environ 20 % de notre parc roule avec des énergies alternatives (XTL, électrique et biogaz) et nous nous sommes fixé un objectif de réduction de 25 % de nos émissions de CO₂ à horizon 2030. Cette dynamique est pilotée par un comité dédié d’une quinzaine de personnes, structuré autour d’un plan de 52 actions couvrant l’ensemble de l’entreprise, avec en ligne de mire l’obtention du label « Engagé RSE » à l’horizon 2027.
Parallèlement, nous poursuivons nos travaux sur l’optimisation et la mutualisation des tournées (thématique qui fera l’objet d’un troisième atelier Ruptur le 16 juin, ndlr) ainsi que sur les emballages et la gestion des palettes. Mais, pour avancer efficacement, un élément est indispensable : l’engagement de l’ensemble des acteurs. Sans partenariats durables et sans coopération à tous les niveaux, il sera difficile de bâtir une feuille de route crédible pour les années à venir.