Les PME du groupement Astre France ont commandé près de 205 tracteurs électriques au cours du seul mois de juillet 2026. Le premier groupement européen de PME indépendantes du transport et de la logistique présente cette vague d'achats comme la preuve que l'électrification des flottes est sortie de la phase d'expérimentation, pour devenir une réalité opérationnelle et économique chez les transporteurs de taille modeste. Cette accélération intervient dans un contexte réglementaire qui se durcit. Le projet de loi-cadre pour le développement des transports, en cours d'examen au Parlement, prévoit d'imposer aux grands donneurs d'ordre une part croissante de transport confié à des camions à émission nulle, de 0,5 % en 2026 à 30 % en 2035. De quoi transformer l'électrification en argument commercial pour les PME qui travaillent pour ces chargeurs.
Le ressort de cette accélération tient au modèle coopératif. En fédérant les besoins de ses adhérents, le service achats du groupement a mené une démarche de massification des volumes qui lui a permis de négocier des conditions jugées attractives auprès des constructeurs. Astre estime que cette mutualisation a facilité l'accès de PME à des véhicules encore perçus comme difficiles à financer il y a quelques années, le surcoût à l'achat d'un poids lourd électrique restant l'un des principaux freins pour les petites structures.
Les CEE pour sécuriser le financement
Le groupement met aussi en avant l'accompagnement de ses adhérents dans le montage financier, notamment via le mécanisme des certificats d'économies d'énergie (CEE), porté par les obligés. Ce dispositif permet à des entreprises soumises à des obligations d'économies d'énergie, les obligés, de financer une partie des projets bas carbone d'autres acteurs en échange de certificats. Appliqué à l'achat d'un poids lourd électrique, il vient réduire le surcoût à l'investissement, sans lequel l'équation économique reste difficile à boucler pour une petite structure. Ce levier a contribué à sécuriser des investissements que peu de PME pourraient engager seules. Astre relie enfin cette dynamique à la convergence de plusieurs facteurs : le développement des infrastructures de recharge dédiées aux poids lourds, sur les axes comme sur les sites des transporteurs, et l'évolution des offres des constructeurs en matière d'autonomie et de capacité de charge.
« Ces 205 camions électriques illustrent ce qu'une coopérative est capable de produire lorsqu'elle met la force du collectif au service de chacun », déclare Jérôme Pla, co-président d'Astre France, qui décrit le rôle du groupement comme celui d'un intermédiaire chargé de fédérer les besoins, de négocier les offres et d'accompagner le financement.
Une barrière d'entrée abaissée pour les PME
La commande ne dit toutefois rien du calendrier de livraison ni du déploiement effectif de ces véhicules, qui dépendra notamment de la disponibilité des points de recharge sur les sites et les itinéraires concernés. L'écart entre les volumes commandés et les immatriculations réelles reste, à l'échelle du marché, un point de vigilance récurrent.
Créé en 1992, Astre revendique aujourd'hui 160 adhérents répartis sur plus de 400 implantations, pour un chiffre d'affaires cumulé de 4,6 milliards d'euros et près de 20 000 collaborateurs. Cette commande groupée intervient alors que le camion électrique reste minoritaire dans les immatriculations françaises de poids lourds, ce qui fait de la mutualisation un moyen concret d'en abaisser la barrière d'entrée pour les PME.
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