Troisième fédération à publier ses chiffres en une semaine, l'Union TLF arrive avec un angle différent de ceux de l'OTRE et de la FNTR. Sa note de conjoncture d'octobre part du baril pour descendre jusqu'aux délais de paiement, et conclut à un second choc gazole, avec des prix à la pompe désormais supérieurs au pic d'avril.
Le Brent s'échangeait à 113 dollars le 23 octobre, après avoir repassé le seuil des 100 dollars en septembre. S'y ajoutent les marges de raffinage, qui ont explosé sous l'effet de la réduction de l'offre mondiale et du sous-investissement européen. TotalEnergies est passé de 13,5 dollars de marge brute par baril au deuxième trimestre à 33,2 dollars au troisième. Selon TLF, ces nouvelles marges expliqueraient à elles seules un cinquième de la hausse du gazole observée depuis février.
Résultat, l'indice CNR du gazole professionnel affiche en septembre une hausse de 6 % sur un mois, de 23 % sur trois mois et de 46 % par rapport à février.
Le ciseau se referme sur les prix
C'est le chiffre à retenir pour qui négocie. Le CNR mesure un alourdissement des coûts du transport longue distance, gazole inclus, de 9,9 % sur un an. Dans le même temps, l'Insee relève une hausse des prix du transport routier de fret de 6,5 % seulement. Trois points et demi d'écart que personne ne rattrape.
L'enquête menée par TLF auprès de ses adhérents du 11 au 22 septembre montre où cet écart se loge. Si 73 % des transporteurs estiment répercuter convenablement les fluctuations du gazole, la proportion tombe à 50 % chez les entreprises de moins de dix salariés. Et la contestation progresse, 45 % des répondants déclarent que des clients ont voulu remettre en cause l'indexation, contre 33 % en mars. Dans le même mouvement, 46 % constatent une pression accrue sur les prix spot.
Le paiement suit la même pente. L'allongement des délais est signalé par 48 % des adhérents, contre 25 % en mars. Seuls 16 % estiment être payés dans le délai légal de trente jours, contre 23 % il y a six mois, et 29 % déclarent être réglés au-delà de quarante-cinq jours, contre 15 %. Le solde d'opinion de l'Insee sur la trésorerie du TRM est logiquement retombé en octobre, tout près de son point bas d'avril.
Le vrai risque est repoussé à 2027
Le paradoxe de cette note tient pourtant en deux courbes. L'activité pour compte d'autrui a progressé de 1,7 % sur un an au premier semestre, son meilleur niveau depuis le début de la série statistique, mais l'indicateur de climat des affaires du TRM s'est nettement dégradé en octobre, à 94,9 points. Les dirigeants jugent plutôt favorablement leur activité passée et se montrent pessimistes sur les trois mois à venir.
Même décalage sur les défaillances. Altares en a recensé 322 au troisième trimestre, soit 6,1 % de moins qu'un an plus tôt, dont 65 % de liquidations judiciaires. Sur un périmètre plus large, le décompte réalisé par Ellisphere à la demande de L'Officiel des Transporteurs relève une décrue de 2 % au deuxième trimestre.
TLF se garde d'y voir une embellie. La fédération redoute un rebond à la fin de 2026 ou au premier semestre 2027, au motif que les fragilités accumulées lors des deux chocs gazole n'apparaîtront que dans les bilans de l'exercice 2026, établis l'an prochain.
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