Lors d’une conférence organisée par l’AUTF, un baromètre chargeurs réalisé par le cabinet Eurogroup Consulting a mis en lumière les tendances du marché et les attentes des chargeurs en matière de transport. Ainsi, 87 % des chargeurs interrogés estiment que l’exercice 2025-2026 sera marqué par une stabilité de l’activité, voire une légère hausse, contre 77 % lors de l’édition précédente. Toutefois, l’enquête ayant été menée juste avant la récente crise énergétique, ces résultats doivent être nuancés, souligne Valérie Cornet-Ambroise, déléguée aux transports terrestres de l’AUTF. Selon elle, les perspectives seraient probablement moins optimistes si le sondage était réalisé aujourd’hui.
Des résultats variables selon les filières
Ces résultats varient néanmoins selon les filières. Dans le transport sous température dirigée, Denis Moncuit, directeur des transports du groupe Pomona, témoigne d’une activité restée stable l’an dernier, avec très peu de surcapacités. « Le marché du froid est plus concentré que beaucoup d’autres filières, souligne-t-il. En 2026, le marché est beaucoup plus tendu et les commissionnaires peinent à trouver des capacités de transport. » Dans le segment du general cargo, la surcapacité était particulièrement marquée l’année dernière, avec des réseaux saturés et des difficultés de qualité de service, témoigne Marc Lachaize, Market Logistics Manager de Velux France. La situation s’est toutefois améliorée cette année, avec une attention accrue portée à la qualité des prestations. Concernant les prix du transport, ceux-ci ont connu une hausse moyenne contenue en 2025 (+1,85 % hors énergie), proche des niveaux observés avant la crise sanitaire, après plusieurs années de forte volatilité tarifaire.
La traçabilité en deça des attentes
Que pensent les chargeurs de la qualité de service des transporteurs ? L’enquête montre que les performances opérationnelles demeurent le principal point fort du transport routier. En revanche, la traçabilité reste en deçà des attentes. Marc Lachaize souligne que « la traçabilité est très difficile à mettre en place dans le transport, notamment parce que les transporteurs utilisent souvent des systèmes d’information différents ». Pour Denis Moncuit, l’entrée en vigueur de la facturation électronique pourrait contribuer à accélérer la digitalisation d’autres processus au sein des entreprises de transport.
Un modèle de sourcing hybride
Concernant le sourcing transport, les chargeurs s’appuient majoritairement sur un modèle hybride, articulé autour d’un socle de TPE-PME et de grands groupes, complété par des ETI et des commissionnaires selon les besoins. Globalement, les grands chargeurs mobilisent davantage les grands groupes, tandis que les PME privilégient les TPE-PME de transport dans une logique de proximité. Selon le sondage, les chargeurs font également très majoritairement appel à des transporteurs français : 67 % d’entre eux confient moins de 10 % de leurs volumes à des transporteurs non résidents et 80 % n’ont pas recours au cabotage.
Qualité de service, prix et capacité : le trio gagnant
Parmi les critères de sélection des prestataires, trois éléments ressortent nettement et constituent les principaux facteurs d’arbitrage : la qualité de service, les tarifs, puis le respect des engagements capacitaires. La RSE n’apparaît qu’en sixième position. Marc Lachaize, qui se retrouve dans cette hiérarchie, souligne toutefois que ces enjeux ont pris davantage d’importance chez Velux ces dernières années. L’adhésion à la démarche Fret21 a notamment permis au groupe de réduire de 41 % les émissions de CO₂ liées au transport de ses produits.
Des chargeurs conscients des difficultés des transporteurs ?
Les chargeurs semblent conscients de la situation financière du secteur. Ainsi, 40 % d’entre eux portent une appréciation négative sur la santé économique des transporteurs, qu’ils jugent « fragile » ou « très fragile ». « Beaucoup de chargeurs sont eux-mêmes confrontés à la hausse de leurs coûts », rappelle Denis Moncuit.
Cette perception de fragilité concerne davantage les activités de transport de marchandises palettisées et de vrac solide, qui concentrent une part importante des volumes. À l’inverse, les acteurs spécialisés dans des segments plus techniques, comme le transport de marchandises dangereuses ou sous température dirigée, bénéficient généralement d’une appréciation allant de « correcte » à « bonne ». Avec la multiplication des défaillances dans le secteur, cette fragilité est d’autant plus perceptible pour les chargeurs ayant récemment perdu un prestataire. C’est notamment le cas de Velux, qui travaillait avec Satra, filiale de Ziegler France, placée en liquidation judiciaire le 31 mars. Dans ce contexte complexe, le groupe s’attache à soutenir ses partenaires en mettant en place des facturations à la quinzaine et en respectant scrupuleusement les délais de paiement. « Nous avons besoin de partenaires performants et pérennes, donc de partenaires qui gagnent de l’argent », résume Marc Lachaize.
Maîtrise des coûts
Les chargeurs attendent avant tout de leurs prestataires une meilleure maîtrise des coûts, devant même la qualité de service. Cette tendance se confirme en 2026 et relègue une nouvelle fois les enjeux environnementaux au second plan. Parmi les leviers d’optimisation du transport routier, les chargeurs privilégient le renforcement des relations avec leurs partenaires actuels et l’amélioration de l’efficacité opérationnelle. Une approche qui traduit davantage une volonté d’optimiser l’existant qu’un changement profond de modèle. La transition énergétique n’est citée comme levier prioritaire que par 26 % des répondants, soit un niveau inférieur à celui observé l’an dernier. « Ce chiffre serait probablement encore plus faible aujourd’hui, depuis le début du conflit au Moyen-Orient », estime Valérie Cornet-Ambroise