C’est dans la chaleur caniculaire de cette fin juin 2026 que s’est tenu l’événement annuel de l’AUTF, qui avait organisé, hasard du calendrier, une table ronde sur le changement climatique et « les stratégies d’adaptation pour les acteurs du transport ». Elle a été l’occasion pour l’association qui représente les chargeurs de rappeler la nécessité de mettre rapidement en place des actions pour faire face aux épisodes météorologiques qui se multiplient et d’accélérer la transition énergétique.
Sur ce point, l’AUTF, qui a contribué au projet de loi-cadre, refuse une approche unique de la transition. « Le camion électrique est une réponse. Elle pourrait bien s’imposer comme la principale alternative énergétique de masse au gazole dans les prochaines années, a souligné Yves Antoine, directeur des achats logistiques mondiaux du groupe Arkema, élu à la présidence de l’association en mars. Mais ce n’est pour l’instant pas la réponse universelle. Les longues distances, le transport de matières dangereuses ou les zones dépourvues d’infrastructures montrent que tous les usages ne sont pas encore électrifiables à court terme. » Plaidant pour une trajectoire progressive et réaliste à travers le projet de loi-cadre, le président de l’association a rappelé « l’indispensable équité des règles du jeu de la concurrence en Europe ». Précisant que l’effort à accomplir devait être « calibré et réparti entre tous les acteurs en fonction de leur potentiel contributif », l’AUTF propose que France Logistique coordonne les travaux visant à construire une trajectoire collective pour l’ensemble de la filière.
Un nouvel outil pour les chargeurs
Face à des niveaux de maturité hétérogènes, l’AUTF lance Fret Impact, un dispositif destiné à structurer et accélérer la décarbonation du fret. Il s’inscrit dans la continuité de Fret21 et Remove : « Les entreprises qui se sont engagées ne peuvent pas s’arrêter en si bon chemin. Leur trajectoire doit se poursuivre, s’approfondir et s’accélérer. Fret Impact est la réponse à ce besoin », explique Yves Antoine. Le dispositif s’adresse aussi aux chargeurs qui souhaitent se lancer. Le programme repose sur quatre axes : électrification et carburants alternatifs, report modal, mutualisation des flux et achats responsables. Il proposera ateliers, webinaires et outils pratiques pour transformer les engagements en résultats mesurables. L’accès sera conditionné à une charte engageant les entreprises dans une démarche active de mise en œuvre et de suivi.
Un comité d’orientation stratégique
Pour accompagner cette démarche, l’AUTF mettra en place un comité d’orientation stratégique réunissant une quinzaine de personnalités issues des sphères institutionnelles, économiques et logistiques. Présidé par l’ancien ministre des Transports Dominique Bussereau, le comité aura pour rôle « d’examiner les évolutions des politiques publiques et des marchés afin d’orienter les membres du club vers les meilleures décisions d’engagement et d’investissement. » Rappelant les conséquences du dérèglement climatique, Yves Antoine soutient que les chargeurs ont aussi le pouvoir d’en limiter les causes. « C'est une opportunité de transformer une contrainte en avantage compétitif de montrer que la performance économique et la performance environnementale ne s'opposent pas », conclut-il.