L'accélération de l'électrification du transport routier, marquée par les annonces gouvernementales du 10 avril portant l'aide à l'achat d'un poids lourd électrique à 100 000 € et par la multiplication des initiatives industrielles, change la donne pour les politiques de formation. OPCO Mobilités, opérateur de compétences mandaté par les partenaires sociaux de 17 branches dont le transport routier et les activités auxiliaires, accompagne ces évolutions depuis trois ans.
Sa directrice générale Isabelle Maimbourg détaille pour L'Officiel des Transporteurs un accompagnement pensé en plusieurs étapes : la transition énergétique d'abord, déployée depuis 2024, puis la transition numérique (IA, cybersécurité, digitalisation) lancée en 2025-2026.
Éco-conduite et habilitations : les deux portes d'entrée
Pour le TRM, la majorité des formations financées portent sur deux axes : l'éco-conduite, désormais bloc obligatoire du titre professionnel de conducteur, et les habilitations électriques nécessaires à la maintenance. « Ces deux points d'entrée se sont reproduits, quel que soit le type de financement », souligne Isabelle Maimbourg. Une enveloppe d'environ une dizaine de millions d'euros par an est mobilisée sur les contributions conventionnelles de la branche TRM, à laquelle s'ajoutent les demandes croissantes autour de l'hybridation, de l'hydrogène et des biocarburants.
Les grandes entreprises en « labo », les TPE-PME en suiveuses
« Ce sont les grandes entreprises qui voient les choses arriver le plus vite, c'est un peu leur laboratoire », résume la directrice générale, alors que les TPE-PME interrogées dans nos colonnes ces dernières semaines indiquaient préférer attendre que les gros aient sécurisé leurs investissements avant de s'engager. OPCO Mobilités a calibré son offre avec des « kits adaptés à chaque taille d'entreprise », pouvant aller jusqu'à l'accompagnement direct par un conseiller. Les entreprises les plus avancées demandent désormais à former en parallèle les équipes terrain, dans un contexte de pénurie persistante de mécaniciens poids lourds, doublée d'un enjeu de double, voire triple compétence (thermique, hybride, électrique).
Une crise qui peut accélérer ou freiner les investissements
Pour Isabelle Maimbourg, la crise actuelle peut jouer dans les deux sens : « élément déclencheur d'accélération à l'électrification » pour les entreprises solides, mais aussi « frein » pour celles qui n'ont plus la marge. Son message aux transporteurs : « N'arrêtez pas aujourd'hui, continuez à investir dans le capital humain, parce que sinon, quand vous allez vous réveiller et qu'il y aura le business, vous n'aurez plus personne. » Un appel d'autant plus pressant que le baromètre TLF de mai 2026 situe la trésorerie des transporteurs routiers à son plus bas niveau depuis 2006.
Sur le volet apprentissage, OPCO Mobilités a renouvelé en 2026 son appel à projets dédié aux investissements pédagogiques des CFA (Centres de formation d'Apprentis) : 8,5 M€ pour 1 052 projets retenus, bénéficiant à 117 centres dont ceux préparant aux métiers du TRM. Le dispositif finance jusqu'à 60 % des investissements en véhicules électriques, hybrides ou au gaz et en équipements pédagogiques numériques. Depuis 2021, plus de 6 749 projets ont été soutenus pour 63 M€ d'investissement.
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