Le spécialiste des véhicules connectés Geotab a publié le 8 septembre son indice d'efficacité du fret urbain européen, fondé sur les données de circulation recueillies tout au long de l'année 2025 dans sept villes. L'étude attribue à chaque type de véhicule une note sur 100, mesurant la fluidité du trafic et la part de carburant consommée à l'arrêt. Le résultat prend le contrepied d'un lieu commun : dans cinq des sept capitales, les camions obtiennent un meilleur score que les voitures particulières.
L'écart va de 26 points en faveur des camions à Rome à 6 points en faveur des voitures à Madrid. Rome et Berlin arrivent en tête, leurs configurations de circulation, avec des créneaux d'accès dédiés au fret et des réseaux bien répartis, avantageant les professionnels. Dublin et Amsterdam suivent, également à l'avantage du camion. Geotab attribue cette performance au routage professionnel et à la planification des tournées en dehors des heures de pointe, qui réduisent l'exposition des flottes aux pires conditions de trafic.
Ce match entre types de véhicules ne doit pas être confondu avec le classement général des sept villes, que l'étude pondère pour tenir compte du poids des voitures dans le trafic. Sur ce terrain, Berlin, avec 61 points sur 100, et Amsterdam, 59, forment le peloton de tête, devant Dublin et Rome. Toutes reflètent des atouts d'infrastructure sur lesquels les flottes s'appuient. L'étude chiffre par ailleurs à plus de 1,5 million de litres le carburant brûlé à l'arrêt par les véhicules analysés en 2025, soit 2,6 millions d'euros partis en fumée sur l'année.
Paris, un paradoxe favorable au fret
Le cas parisien retiendra l'attention. Les camions y consomment 18,2 % de leur carburant à l'arrêt, le taux le plus élevé de toute l'étude, signe d'une circulation très ralentie. Et pourtant, ils devancent nettement les voitures particulières, avec un score de 46 contre 31. L'explication tient au fait que les véhicules particuliers subissent des conditions encore plus dégradées : à Paris, il n'existe aucune heure de la journée où le trafic des voitures passe sous le seuil critique de congestion, quand les professionnels peuvent en partie contourner cette pression par la planification. Dans le classement général, plus sévère pour le fret, la capitale française n'occupe toutefois que la cinquième place avec 37 points. Geotab identifie son taux de ralenti de 18,2 % comme le principal gisement d'optimisation pour les flottes parisiennes.
Londres et Madrid ferment la marche
Seules Londres et Madrid voient les voitures l'emporter sur les camions. À Londres, sixième du classement général, l'étude pointe un environnement réglementaire contraignant pour les utilitaires : voies de bus interdites aux camions, créneaux de livraison concentrés sur des plages déjà saturées et coûts de mise en conformité des zones à faibles émissions pesant lourd sur les flottes anciennes.
Madrid présente un cas plus structurel. La ville ferme le classement avec 25 points, et son score d'accessibilité pour les camions, de 8 sur 100, est le plus bas de l'étude. À pratiquement toute heure, la congestion des utilitaires dépasse le seuil critique, et la variabilité des temps de trajet y est telle que les opérateurs affrontent une circulation à la fois saturée et imprévisible.
Pour François Denis, vice-président associé EMEA de Geotab, l'idée d'un camion première source d'inefficacité urbaine ne résiste pas aux données. Il y voit surtout la démonstration que le routage structuré et les décisions fondées sur la donnée permettent aux flottes professionnelles de faire mieux que le trafic particulier. Un discours à recevoir en gardant à l'esprit que l'étude émane d'un éditeur de solutions télématiques, et que ses scores reposent sur un échantillon de véhicules connectés, non sur un recensement exhaustif du trafic.
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