Quand les cybercriminels se font passer pour des transporteurs pour voler du fret

vol de fret digital

Ce n'est souvent qu'au moment de la livraison, lorsqu'aucune trace de la cargaison n'est retrouvée, que la fraude est découverte.

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Le vol de marchandises change de visage. Sans détourner de camion par la force, sans entrer par effraction dans un entrepôt et sans toucher à aucun cadenas, des criminels parviennent à détourner du fret à distance. Leur méthode ? L'usurpation d'identité d’entreprises de transport routier de marchandises.

Toutes formes confondues, les pertes mondiales liées au vol de fret représentent 2,7 milliards d’euros entre 2022 et 2024, selon l’association TAPA (Transported Asset Protection Association). En France, qui fait partie des cinq pays européens les plus touchés par ce phénomène, ce montant atteint 261,5 millions d’euros. Alors que le secteur s'appuie davantage sur les plateformes et les outils digitaux pour trouver rapidement des capacités de transport, la menace de vol de fret devient de moins en moins physique mais de plus en plus numérique. La bourse de fret Trans.eu alerte sur la tendance, en soulignant que le mode opératoire est souvent simple : les fraudeurs récupèrent les documents administratifs d'une entreprise de transport existante (licences, attestations d'assurance, certificats de conformité, etc.) puis créent une adresse électronique ou un nom de domaine quasiment identique à l'original. Une seule lettre de différence peut suffire à tromper un affréteur pressé de trouver un transporteur disponible. Une fois la mission obtenue, un camion se présente au chargement et récupère la marchandise. Ce n'est souvent qu'au moment de la livraison, lorsqu'aucune trace de la cargaison n'est retrouvée, que la fraude est découverte. Certaines attaques vont encore plus loin. En mettant en place des campagnes de phishing, des cybercriminels parviennent à prendre le contrôle des boîtes mail d'entreprises de transport. Ils interceptent alors les échanges entre chargeurs, commissionnaires et transporteurs, et modifient discrètement les informations de transport.

Le manque de capacité de transport accroît la tendance

Selon le groupe Trans.eu, cette montée en puissance de la fraude numérique est étroitement liée aux tensions que connaît le secteur. Avec une pénurie de plus de 400000 chauffeurs en Europe, les entreprises sont régulièrement contraintes de rechercher des capacités sur le marché spot pour maintenir leurs opérations. Dans l'urgence, certaines se tournent vers des groupes sur les réseaux sociaux ou des messageries instantanées, où les contrôles sont limités. Le problème est aggravé par des méthodes de vérification encore largement fondées sur des documents statiques. Lorsqu'un transporteur transmet une licence ou une attestation d'assurance au format PDF, il est souvent difficile pour le donneur d'ordre de vérifier en temps réel si le document est authentique, toujours valide ou réellement associé à l'entreprise concernée. Pour Ewa Węgorkiewicz, directrice commerciale du groupe Trans.eu, il faut instaurer « un principe non négociable : la vérification ne peut plus être un événement ponctuel. Tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement doivent évoluer vers des réseaux où l’identité des partenaires, leur statut de conformité et leurs certifications de sécurité sont validés en continu — et non simplement déclarés une fois dans un document qui reste archivé jusqu’à ce qu’un incident survienne. Le vol de fret par usurpation d’identité pourra être résolu grâce aux plateformes et aux processus que le secteur choisira de mettre en place ». L’enjeu est d’autant plus urgent que l'intelligence artificielle pourra bientôt faciliter la création de faux documents et l'automatisation des campagnes d'usurpation d'identité…

G. I.

Un vaste réseau de vol de fret démantelé dans la Somme

Quatre ressortissants roumains ont été interpellés le 31 mars 2026 dans la Somme. Ils sont soupçonnés d'avoir dirigé une filière criminelle internationale de vol de marchandises. Leur mode opératoire reposait sur l'usurpation d'identité de transporteurs.

Les vols de fret ne faiblissent pas, comme l’attestent les derniers chiffres communiqués par TAPA. En France, une opération menée par la section de recherches d'Amiens a permis de mettre un terme aux agissements d'un réseau international très structuré. L'enquête a débuté après un vol avorté en août 2025 dans un entrepôt à Roye (Somme). En prenant la fuite, les suspects avaient oublié des documents d'identité et un téléphone, permettant aux enquêteurs de reconstituer l'organisation qui communiquait via l'application chiffrée Signal.
Les malfaiteurs opéraient depuis trois bases situées dans le Pas-de-Calais. Leur technique était bien rodée : ils repéraient des cargaisons sur des plateformes de mise en relation et usurpaient l'identité de transporteurs légitimes en modifiant le nom de l'entreprise d'une ou deux lettres. Une fois le chargement détourné, les marchandises – comprenant des métaux précieux (étain, nickel, chrome), des produits cosmétiques et du carburant – étaient acheminées vers des filières de recel en Allemagne et en Belgique. Les gains étaient ensuite blanchis en Roumanie. Au total, le réseau serait responsable d'une dizaine de vols de grande ampleur dans les Hauts-de-France, pour un préjudice estimé à plus de 2 millions d'euros.

G. H.

166,5 millions d’euros de pertes en Europe en un mois

La criminalité dans le transport de marchandises se maintient à un niveau élevé en Europe. Selon les données publiées en avril 2026 par Transported Asset Protection Association (TAPA), 1 168 vols de fret ont été enregistrés en février 2026, pour un préjudice estimé à 166,5 millions d’euros (selon sur les remontées d’incidents collectées auprès des acteurs du transport et de la logistique). Ces chiffres confirment une pression persistante sur les chaînes logistiques, avec une concentration des incidents dans les principales économies européennes. L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne figurent parmi les pays les plus touchés, en lien avec l’intensité de leurs flux de transport et la densité de leurs infrastructures logistiques. En France, la situation reste également sous surveillance. Les axes structurants, notamment en Île-de-France et dans les grandes zones logistiques, demeurent exposés aux vols opportunistes comme aux opérations organisées. Les modes opératoires restent dominés par les vols sur sites logistiques, parkings sécurisés ou non, ainsi que les détournements de véhicules en circulation. Les cargaisons ciblées concernent majoritairement des marchandises à forte valeur ajoutée, facilement revendables sur les marchés parallèles. Selon TAPA, ces données s’inscrivent dans une tendance durable, marquée par la professionnalisation des réseaux criminels et l’adaptation des techniques de vol.
G. H.

 

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