Il y a deux ans, dans un salon professionnel, on parlait de l'autonomie des camions électriques. À Technotrans, personne n'y a consacré plus de cinq minutes. Le sujet s'est déplacé vers le raccordement, le prix du kilowattheure et le calendrier des aides. Et il s'est surtout clivé.
« Aujourd'hui, le camion électrique devient rentable dès le premier kilomètre. Ce qui n'était pas vrai il y a trois ans. » Sylvain Pucel, président du groupe SF, exploite seize camions électriques, soit 7 % de son parc poids lourd et la moitié de sa flotte de véhicules légers.
L'électrique sort du marché de niche
Les chiffres donnés en plénière d'ouverture par l'Ademe situent le basculement. Le poids lourd électrique représentait 2 % du marché l'an dernier. Il est à 2,5 % en moyenne depuis janvier, à 4 % depuis juillet, et l'agence anticipe une fin d'année au-delà de 5 %. Cela reste peu, mais le seuil fait sortir l'électrique du marché de niche. Le surcoût à l'achat est passé de trois fois le prix d'un diesel à deux fois, voire moins, et les certificats d'économies d'énergie surbonifiés peuvent dépasser 100 000 euros pour un 44 tonnes, sous condition d'achat auprès de constructeurs européens.
Encore faut-il toucher l'argent. C'est là que Sylvain Pucel a livré le témoignage le plus rude de la matinée, à propos de l'appel à projets dont son groupe a été l'un des quatre premiers lauréats. « On devait avoir 820 000 euros. Après, on nous dit qu'on n'aura pas les aides européennes, on aura 623 000. Et aujourd'hui, j'ai touché 248 000. » Trois ans après. « Moi, j'aime bien, quand je joue à un jeu, avoir toutes les règles avant de démarrer. »
Le prix du courant, nouveau sujet central
Côté infrastructure, le même constat revient de session en session. L'achat de la borne n'est pas le problème, c'est le dimensionnement et la durée. Tom Lyonnet, directeur Transport et Logistique de Bump, a résumé sa méthode en trois critères, la logique d'exploitation du site, ses contraintes de puissance et l'évolutivité du projet. Un coût de recharge très favorable la première année ne l'est pas forcément la cinquième, et un dépôt sous-dimensionné pour économiser aujourd'hui coûte plus cher au troisième camion.
Le groupe SF a eu de la chance et le reconnaît. Ses activités frigorifiques lui donnaient déjà de gros transformateurs, donc aucune attente de raccordement. Deux bornes de 300 kW utilisées vingt-deux heures sur vingt-quatre, et un salarié de nuit pour piloter les charges. « On apprend un nouveau métier. » C'est de là qu'est né Alphya, le réseau de recharge collaborative qu'il a monté entre transporteurs pour mutualiser les créneaux libres des bornes de dépôt. Quatorze adhérents à la création de la société, le 18 mars 2025, cent cinquante aujourd'hui.
Reste l'échéance qui inquiète tout le monde, l'ETS2 sur les carburants routiers. Son entrée en vigueur a déjà glissé de janvier 2027 à janvier 2028, plusieurs États demandent un nouveau report, et la Commission a redit cette semaine-là qu'elle maintenait sa trajectoire. Transposé sans compensation sur d'autres taxes, le mécanisme représenterait quinze à seize centimes de plus par litre de gazole, selon la fédération. Et l'enjeu est moins le montant que la destination des recettes.
Le pneu, la donnée et les agents
Le reste du programme a porté sur ce que le camion coûte quand on ne le regarde pas. Continental a déroulé l'arithmétique du pneumatique basse consommation. Sur un profil de 92 000 kilomètres par an avec la moitié en autoroute et trois mises à quai quotidiennes, l'équipement du seul tracteur fait gagner environ 900 litres par an, soit un peu plus de 1 000 euros par ensemble. Le constructeur a aussi rappelé qu'Euro 7 étend son champ aux remorques et à l'abrasion des pneus. La session animée par Ekolis a posé la question de la propriété des données d'exploitation. Et l'intelligence artificielle est entrée au programme avec Dashdoc et Samsara, autour d'agents capables d'automatiser des tâches d'exploitation selon les règles fixées par le transporteur.
Nous y reviendrons, comme sur l'état des lieux des énergies dressé par DAF, dont l'électrique n'est plus une gamme dédiée mais une simple option de motorisation.
Les Trophées Technotrans ont été remis mercredi soir, suivis de la soirée des Étoiles du Transport organisée par L'Officiel des Transporteurs. Quatre lauréats, Resurgo Conseil, Palfinger, Powermust et L-EX France en coup de cœur du jury.