Truckfly : le co-camionnage, nouvelle solution de mobilité

Truckly : le co-camionnage, nouvelle solution de mobilité

Diana Bajora et Marion Choppin, après avoir fondé des entreprises chacune de leur côté, ont décidé de faire la route de l’entrepreneuriat ensemble en lançant Truckly.

Crédit photo NBC
La plateforme de co-camionnage Truckfly, fondée en janvier dernier, proposera dès la fin du mois d’avril d’embarquer des passagers dans la cabine des poids lourds. Entretien avec ses cofondatrices, Marion Choppin et Diana Bajora, deux entrepreneures aux profils complémentaires, issues de l’industrie, de la tech, de la finance et des ressources humaines.

Comment est née l’idée de faire voyager des passagers en poids lourd ?

Marion Choppin : L’intuition remonte à une expérience personnelle, un voyage en Syrie en stop il y a vingt ans. J’ai découvert très tôt que la cabine d’un routier est à la fois un espace de confort, de rigueur et de confiance. Une réalité souvent ignorée, alors même que les camions parcourent chaque année des millions de kilomètres, le plus souvent avec un seul occupant.

Diana Bajora : 90 % des biens que nous consommons arrivent par la route. Malgré ce rôle central, le métier de conducteur reste peu visible et souffre d’une image dégradée. De cette convergence est née Truckfly, avec une ambition double : optimiser une infrastructure existante et redonner une utilité sociale et symbolique au transport routier. Le projet s’inscrit aussi dans une problématique de mobilité : une part importante des jeunes renonce aujourd’hui à des opportunités professionnelles ou personnelles faute de solutions adaptées. Truckfly entend ainsi exploiter les flux existants pour créer de nouvelles formes de déplacements, notamment dans les zones peu desservies.

Concrètement, comment fonctionne ce modèle de co-camionnage ?

Marion Choppin : Truckfly repose sur une plateforme de mise en relation entre conducteurs et passagers, selon une logique proche du covoiturage, mais adaptée aux contraintes du transport routier. Le service est déployé ligne par ligne, en ciblant prioritairement des axes peu couverts par les autres modes de transport.

Une première liaison Marseille–Bordeaux sera lancée fin avril, avec plusieurs allers-retours hebdomadaires, en partenariat avec Provence Astoin. Le passager réserve un trajet et s’adapte à l’itinéraire du conducteur, sans perturber la mission logistique. Les points de montée et de descente sont situés sur des aires d’autoroute ou de covoiturage.

Diana Bajora : Le modèle économique repose sur un partage des revenus entre la plateforme, le transporteur et le conducteur. À titre d’exemple, une flotte d’environ 50 camions pourrait générer jusqu’à 60 000 euros de revenus annuels supplémentaires pour l’entreprise, et environ 2 000 euros par conducteur, sur la base d’un usage partiel (un trajet sur trois). Le prix pour le passager se situe entre 40 et 50 euros.

La question de la sécurité constitue un point central du dispositif. Les trajets impliquant des matières dangereuses sont exclus et un encadrement précis est prévu pour les passagers, incluant des règles de comportement à bord.

Au-delà de l’aspect économique, le dispositif repose sur un principe simple : utiliser une place disponible sans générer de kilomètres supplémentaires. Une approche qui s’inscrit dans les objectifs de réduction de l’empreinte carbone du secteur, avec une ambition affichée d’un milliard de kilomètres parcourus en co-camionnage et jusqu’à 280 000 tonnes de CO₂ évitées.

Quelles sont les perspectives de développement ?

Diana Bajora : Nous cherchons à lever 1,5 million d’euros avant le lancement officiel de l’activité.

Marion Choppin : Après un développement en France, nous visons une expansion européenne à horizon 2030-2031, avec une implantation dans sept pays, dont l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et le Portugal. L’objectif est de bâtir un réseau à l’échelle du continent, capable de fédérer 60 000 conducteurs et d’offrir une solution de mobilité à près de 5 millions de voyageurs.

À terme, la plateforme ambitionne de générer un milliard de kilomètres parcourus en co-camionnage, avec à la clé 85 millions d’euros redistribués aux transporteurs et conducteurs, ainsi qu’une réduction estimée à 280 000 tonnes de CO₂ grâce à l’optimisation de trajets existants.

Propos recueillis par Nathalie Bureau du Colombier

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