Le vol de marchandises et d'outillage reste l'un des angles morts de la gestion de flotte. Une étude publiée par le spécialiste de la télématique Geotab auprès de 3 500 gestionnaires européens établissait au printemps dernier que les entreprises françaises interrogées recensaient en moyenne 51 incidents sur un an, alors que les pertes liées à ce phénomène ont progressé de 438 % à l'échelle européenne depuis 2022. Le paradoxe relevé par l'étude tient à la perception : huit gestionnaires français sur dix se déclaraient moins inquiets que l'année précédente.
Cette dissonance se traduit dans les équipements. Selon la même étude, un peu plus d'un quart des gestionnaires citaient les caméras comme moyen de prévention, tandis que le suivi en temps réel, les alertes par capteurs ou l'identification vérifiée des conducteurs demeuraient peu déployés. Plus significatif encore, un peu plus d'un sur cinq déclarait s'en remettre uniquement à l'assurance pour couvrir les pertes, faisant le choix du remboursement plutôt que de la prévention. Un arbitrage compréhensible dans des trésoreries sous tension, mais qui ignore le coût indirect de l’effraction.
Le préjudice dépasse la valeur dérobée
Car la valeur dérobée ne représente qu'une part du préjudice. Une effraction sur un véhicule de distribution entraîne l'immobilisation du matériel, la réparation des accès forcés, le rachat de l'outillage et, souvent, le report de la tournée ou du chantier. Pour une entreprise de quelques véhicules, l'arrêt d'une unité pendant plusieurs jours pèse davantage que le préjudice matériel lui-même.
C'est sur ce terrain que se positionnent les équipementiers et les carrossiers, qui renforcent les points d'accès les plus vulnérables. Le suisse Windoor, membre de l'association de sûreté TAPA, développe ainsi des serrures électromécaniques greffées sur la fermeture centralisée d'origine, avec des points de verrouillage non visibles de l'extérieur, montables en première monte ou en rétrofit. D'autres solutions circulent sur le marché, des bouchons antivol pour réservoirs aux antidémarrages programmables couplés à la géolocalisation. Chez l'aménageur Mobitec, partenaire de l'équipementier, près d'un véhicule sur deux reçoit désormais un dispositif de sécurisation, signe que la demande s'est déplacée du confort d'utilisation vers la protection.
Les parkings sécurisés, dossier toujours ouvert à Bruxelles
Ces réponses restent toutefois individuelles, à la charge du transporteur. Le maillon le plus exposé, lui, demeure le stationnement. La FNTR plaide de longue date pour un déploiement accéléré de parkings sécurisés, dossier qu'elle porte à Bruxelles dans le cadre du règlement AFIR sur les infrastructures et, plus récemment, du règlement sur la mobilité militaire. Suite à l'étude de l'ESPORG, la fédération demande des aires équipées à la fois de dispositifs de sûreté et de points d'avitaillement, afin de concilier temps de recharge et respect des temps de repos des conducteurs. Tant que ce maillage fait défaut, la sécurisation du véhicule ne compense qu'en partie l'exposition du fret à l'arrêt.
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