Les principales bourses de fret et les organisations représentant les transporteurs et les chargeurs publient en octobre un guide commun de prévention du détournement de fret. Le phénomène, en progression constante, concerne l'affrètement et touche particulièrement les offres de transport diffusées sur les plateformes. Le mode opératoire le plus répandu est l'usurpation d'identité d'un transporteur existant, au moyen de faux noms de domaine et de fausses adresses de messagerie.
Vérifier l'adresse mail, caractère par caractère
La première recommandation vise la vérification de l'identité de l'affrété. Le guide invite à comparer attentivement l'adresse de la personne qui contacte l'entreprise avec celle enregistrée sur la plateforme, en se référant au site de la société. Les variantes sont subtiles : pour une adresse authentique du type dupont@martin-transport.com, les fraudeurs utilisent une orthographe modifiée, transport au pluriel, une inversion de lettres dans le nom de domaine, une extension différente, ou encore une adresse de messagerie grand public.
S'y ajoutent plusieurs vérifications accessibles à toute entreprise : le numéro de TVA intracommunautaire sur la plateforme européenne VIES, et pour les transporteurs étrangers, l'inscription au registre européen des entreprises de transport routier ERRU. Le guide recommande aussi de ne cliquer sur aucun lien inconnu et de prévenir la plateforme en cas d'irrégularité.
Trois niveaux de risque selon le canal utilisé
Le document hiérarchise les situations. L'usage direct de la plateforme et de sa messagerie sécurisée constitue le cadre le plus protecteur, à condition de consulter les documents légaux, de vérifier l'existence d'un numéro de téléphone fixe, la date d'inscription de l'entreprise et les avis déposés, et de se montrer particulièrement vigilant lorsque le transporteur a réalisé peu d'opérations.
La réception d'une offre hors plateforme est qualifiée de situation à haut risque, et invite à ramener l'échange sur la bourse de fret. Le recours à un outil externe ou à une passerelle est classé à très haut risque. L'offre circule alors sur plusieurs plateformes auxquelles l'entreprise n'a pas toujours accès, avec peu ou pas de traçabilité, et les bourses de fret se trouvent dans l'incapacité d'apporter leur assistance.
Pour les lots sensibles, téléphonie, cosmétique et produits de luxe notamment, le guide conseille d'éviter purement et simplement les bourses ouvertes, de privilégier des transporteurs référencés ou des plateformes fermées, et de ne mentionner ni le nom du client ni la nature précise des produits dans les échanges.
Les gestes au chargement, et après
Avant toute remise de marchandises, le guide préconise de vérifier l'identité du conducteur, la correspondance entre la plaque d'immatriculation et la carte grise, en photographiant ces éléments, ainsi que le carnet de lettres de voiture ou CMR. Un détail révélateur y est signalé : les malfaiteurs en sont souvent dépourvus et présentent des feuilles volantes. Toute modification de dernière minute non validée doit être refusée, et l'opération suspendue en cas de doute.
Parmi les signaux d'alerte figurent les demandes d'action urgente, l'arrivée du conducteur hors créneau sans explication cohérente, une interruption de communication, des documents incohérents ou un changement d'immatriculation.
En cas de détournement avéré, le guide insiste sur un point juridique souvent mal maîtrisé : la plainte doit être déposée pour escroquerie en bande organisée, et non pour vol de fret, en invoquant les articles 132-71, 313-1 et 313-2 du code pénal. Il recommande de collecter les preuves, captures d'écran des échanges et vidéos de chargement, de prévenir la bourse de fret et son organisation professionnelle, et de déclarer le sinistre à l'assurance dans les cinq jours suivant la découverte. Le non-respect de ces consignes peut, avertit le document, entraîner un refus de garantie.
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