Sur le salon Vivatech 2026 (17 au 20 juin à Paris), le vaste stand du groupe La Poste exposait une trentaine d'innovations, parmi lesquelles l'une des plus originales se dévoilait sous la bannière de Geopost : la présentation de sa nouvelle filiale, Geopost Vision. L'idée consiste à transformer son réseau de livraison en plateforme européenne de collecte de données géospatiales, en mobilisant près de 15 % de ses 65 000 véhicules utilisés en Europe. Environ 10 000 véhicules DPD, Chronopost, SEUR et BRT sont équipés de caméras frontales connectées fonctionnant passivement durant les tournées, sans modifier le travail des conducteurs. Les images sont automatiquement anonymisées (visages, plaques) puis distribuées via API aux acteurs de la cartographie, de la mobilité, des infrastructures, des assurances et de la conduite autonome. « Nous parvenons à couvrir environ 80 % du réseau routier principal d'un pays en moins de 30 jours », contre jusqu'à trois ans pour certains acteurs traditionnels de la cartographie indique Elias Moussa, directeur des opérations de Geopost Vision. De quoi détecter des changements sur la voie, nid de poule, signalisation endommagée, et fournir des volumes massifs de données à des constructeurs de véhicules autonomes pour entraîner leurs modèles IA en conditions réelles.
Crédit photo : Antoine Dufeu
Gérer les colis sans étiquette
Chronopost renforce la traçabilité des colis qui ont perdu leur étiquette avec « Parcel Matching », une solution interne combinant machine learning et IA générative. Son but : identifier et réacheminer automatiquement les colis ayant perdu leur étiquette (jusqu'à 3 000 par semaine sur 7 millions de colis). Le machine learning filtre d'abord les colis selon leur poids et dimensions. Puis, l'IA générative prend le relais. « Tout au long de notre réseau, près d'un million de photos de colis sont prises chaque jour à des fins de traçabilité. Lorsqu'un colis perd son étiquette, l'IA va comparer sa photo avec cette base de données en analysant des détails visuels précis sur les 6 faces (formes, logos, motifs, couleurs). Elle calcule ainsi un score de similarité en moins de trois secondes, avec un taux de fiabilité de 80 % là où un humain passerait des heures à chercher », indique Cédric Bain, responsable du pôle Data Technique de Chronopost. Un expert humain valide ensuite la correspondance pour récupérer les coordonnées du destinataire.
Crédit photo : Antoine Dufeu
Premier agent autonome vocal
Chronopost a franchi un nouveau cap en déployant Léonard, son agent autonome vocal, en production depuis décembre 2025. « Nous sommes le premier transporteur du marché à déployer une telle solution technologique », affirme Laurent Pluchon, directeur de la relation client de Chronopost. Développé entièrement en interne, cet outil traite aujourd'hui plus de 10 % des appels entrants sans intervention humaine, offrant aux clients une réponse immédiate, sans temps d'attente. Le temps de traitement moyen est passé de cinq minutes à deux minutes trente. Capable de croiser l'historique de suivi d'un colis avec des données externes — alertes météo, incidents routiers —, Léonard peut également interroger directement les systèmes d'agence pour localiser un envoi en temps réel. Lorsque la demande s'avère trop complexe ou nécessite une sensibilité humaine, il passe automatiquement le relais à un conseiller.
Crédit photo : Antoine Dufeu
Un robot humanoïde pour les tâches les plus pénibles
La Poste expérimente plusieurs solutions de robotique humanoïde destinées à assister les équipes dans la réalisation de tâches de manutention de colis lourds. Le modèle présenté à Vivatech est dédié aux opérations de palettisation et de dépalettisation en plateforme logistique. Développé en collaboration avec l'entreprise française Wandercraft, le robot « sera testé à partir de septembre 2026 chez Colissimo pour défilmer ces palettes, saisir les colis un à un et les déposer délicatement sur nos convoyeurs. À l'inverse, il sera aussi testé chez Log'issimo pour saisir des colis hétérogènes pour confectionner des palettes Europe de manière optimisée », signale Fabrice Plateau, directeur innovation et prospective au groupe La Poste. Le robot peut déplacer des colis jusqu'à 25 kg à 30 kg et se mouvoir de manière autonome par petits mouvements en se positionnant par ses caméras au millimètre près. « Ce projet s'inscrit dans une démarche de cobotique. Notre objectif est d'insérer ces robots humanoïdes au cœur de nos sites logistiques pour assister nos agents et soulager leur quotidien, et non pour les remplacer »
Crédit photo : Antoine Dufeu
Des humanoïdes aussi chez Ceva Logistics
Ceva Logistics présentait également sur le stand de CMA-CGM son propre robot humanoïde, développé par le chinois UBTECH tandis que Capgemini intervient pour le développement de la couche logicielle. Le droïde sera en test cet été dans l'un des entrepôts européens de Ceva Logistics. « Nous avons besoin de robots capables d'évoluer dans un environnement complexe, changeant et non prédictible aux côtés des humains, pour soulever des charges lourdes qui posent aujourd'hui des problèmes de santé et de sécurité à nos collaborateurs », détaille Michael Rabaud, responsable digital, data et innovation du logisticien. L'idée étant de définir les bons critères biométriques et mécaniques selon les cas d'usage : quel poids doivent-ils soulever (10, 20, 50 kg) ? Ont-ils besoin de jambes ou de roues ? De mains complexes ou de préhenseurs simples ? « Il s'agit de leur donner la capacité d'analyser leur environnement via l'IA pour prendre la bonne décision de manière autonome, sachant que nous en testerons de plusieurs types. »
Crédit photo : Antoine Dufeu
Outil prédictif de signaux faibles avec AWS
Si CMA CGM utilise l'IA pour optimiser les routes de ses navires, en prévoyant tempête, mouvements sociaux ou géopolitiques, Ceva Logistics agit différemment. « Comme nous n'avons pas d'actifs propres nous ne cherchons pas à prédire une attaque de drone sur un navire, en revanche, nous devons en calculer immédiatement l'impact pour nos clients », souligne Michael Rabaud. Ceva a donc développé un outil de détection de « signaux faibles » avec AWS pour identifier de futures congestions portuaires. « Au lieu d'attendre que le client subisse le retard et se plaigne, nous allons vers lui de manière proactive : « Nous détectons un risque de perturbation à 80 %, voici les plans B (solutions terrestres, ferroviaires ou déroutements) que nous pouvons déclencher immédiatement. » Face à une crise, les places sur les routes alternatives sont limitées ; être le premier à proposer une solution change complètement la donne.
Crédit photo : Antoine Dufeu
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